17 mai 2012 4 17 /05 /mai /2012 16:35

Le cerveau humain, composé de 100 milliards de neurones et de 1000 milliards de cellules gliales, interagissant les uns avec les autres par un très grand nombre de contacts et d'échanges, est non seulement d'une extrême complexité, mais également d'une très grande plasticité puisque ces liens se font et se défont au fil du temps d'une manière particulièrement dynamique.

 

Ce cerveau, dont nous savons depuis le dix-neuvième siècle qu'il est le siège d'une activité électrique qui peut être repérée par des électrodes placées à l'extérieur du crâne, régule notre capacité de penser, d'agir, de mémoriser, de ressentir et d'expérimenter le monde qui nous entoure.


Quantité de travaux ont été réalisés qui nous montrent que c'est la fréquence d'utilisation, le nombre de fois où la même sollicitation intervient, qui va modifier - déjà à l'échelle d'un seul neurone -  la taille, l'épaisseur et le nombre de contacts synaptiques avec des milliers d'autres neurones. L'organisation neuronale qui se met en place très tôt chez l'enfant va enrichir de façon considérable ses possibilités d'acquisitions et de savoir-faire. C'est en modifiant sans cesse les connexions synaptiques que la personnalié toute entière se construit.

 

Les neurosciences comme bien d’autres disciplines dans les sciences du vivant ont bénéficié de l’apport d’un grand nombre de technologies nouvelles..Les progrès technologiques réalisés par  l'imagerie médicale au cours des trente dernières années - en particulier l'arrivée de l'imagerie par résonance magnétique fonctionnelle - ont particulièrement séduit le grand public.

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Scan du cerveau

Les images sont particulièrement attrayantes et les couleurs qui se déclinent sur une large palette, désignent différemment des zones du cerveau qui s'allument ou s'éteignent au grè de son activité réelle ou supposée
Cependant des critiques nombreuses - provenant de scientifiques reconnus - sont apparues dans les revues scientifiques de haut niveau.

Sans vouloir - ni vraiment pouvoir - être exhaustif, nous pourrions citer l'article d'Alison ABBOT paru en 2009, sous le titre "Brain imaging studies under fire" (Les études en imagerie du cerveau sous les feu (des critiques)) qui soulignent la propension des chercheurs de certaines branches des sciences humaines à exagérer les liens entre l'activité observée et les émotions supposées. (NATURE Published online 13 January 2009 |   457, 245 (2009) | doi:10.1038/457245a )

D'autres, comme Richard A. LOVETT, dans un article paru en 2010, s'interrogent sur la reproductibilité de certaines expériences d'imagerie par résonance magnétique fonctionnelle - "Reproducibility of brainscan studies questionned" -  tout en précisant qu'il ne s'agit nullement d'une remise en question de la technique elle-même qui a apporté suffisamment de preuves de son utilité (NATURE Published online 17 March 2010 | Nature | doi:10.1038/news.2010.129).

En effet la technique d'imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf) est une technique non invasive qui permet d'atteindre - en routine - de très bonnes résolutions spatiales et temporelles. La mesure de l'activité du cerveau, qui entraîne un accroissement des besoins en oxygène et en glucose, .est effectuée par l'acquisition du signal BOLD (blood-oxygen-level dependent) qui reflète les variations locales et transitoires de la quantité d’oxygène transporté par l‘hémoglobine en fonction des besoins exprimés par le cerveau. Cette technique est utilisée en Clinique, par exemple, comme aide à une intervention chirurgicale en permettant de mieux circonscrire la zone d'intervention. En Recherche, elle est utilisée pour les études de connectivité fonctionnelle, dans le cadre de la Psychologie cognitive et comportementale et en Psychiatrie.


Au début de l'année 2011, Susan GREENFIELD, spécialiste de la physiologie du cerveau, connue par ailleurs pour ses prises de position iconoclastes, a fait réaliser dans son laboratoire une expérience dans laquelle le sujet soumis au test était placé comme simple observateur d'un bulletin météo, pendant lequel, pour la grande majorité d'entre nous, l'imagination est très peu sollicitée. Le cerveau étudié présenta cependant un semblant d'activité intense se traduisant par des variations de couleur dans différentes zones. Et Susan GREENFIELD d'exprimer tout son scepticisme devant ce non événement.

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Susan GREENFIELD

De plus, elle rappelait au passage que le cerveau, en réalité, est plutôt d'un gris terne et que les couleurs et les nuances ne sont qu'un simple artifice engendré par le traitement d'images - par algorithme et ordinateur interposés.

 

Dans un article publié le 1er mars 2012 par la revue NATURE, sous le titre "Clear up this fuzzy thinking on brain scans" (Eclaircir cette pensée floue sur les scans du cerveau), Olivier OULLIER, Professeur au laboratoire de psychologie cognitive à l'Université de Provence, souligne un certain nombre de dérives auxquelles on assiste aujourd'hui dans différents domaines, depuis le Neuromarketing   jusqu'à l'utilisation de scans du cerveau dans les tribunaux.


La neuroimagerie, dont l'usage est resté longtemps limité en tant qu'expertise d'appoint dans les tribunaux, a vu ces derniers temps de plus en plus d'initiatives prises - aux  Etats-Unis, en Inde ou en Italie - pour faire admettre les scans cérébraux  comme preuve décisive de culpabilité ou d'innocence.

(NATURE 483, 7 (01 March 2012)  doi:10.1038/483007a )

 

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Olivier OULLIER

 

Olivier OULLIER déclare, dans le même article, que les Neurosciences voient se produire la même agitation autour d'elles, que ce qui s'était produit quelques années plus tôt avec la Génétique et le Séquençage du Génome Humain. Et de conclure "La loi et la science ont quelque chose en commun, les deux peuvent être mal interprétées.

 

En résumé, nous pourrions esquisser le tableau suivant du bon et du mauvais usage de cette technologie (IRMf)::

- Pour les chercheurs en psychologie cognitive, au-delà de la mise en place d’une cartographie plus précise, en venir à croire et faire croire qu’une image équivaut à une pensée; donner une fausse idée des possibilités réelles des avancées technologiques aux décideurs politiques par excès d’enthousiasme ou pour obtenir plus de moyens;
- Pour la société, en particulier pour la Justice et les tribunaux, en venir à penser que l’IRMf peût être admise juridiquement  comme détecteur d’intention ou de mensonge du présumé coupable et pas seulement comme simple détecteur de lésions cérébrales par exemple;.
- Pour les communicants dans le domaine de la publicité, utilisation des nouvelles techniques de Neuromarketing, dans le simple but d'influencer le comportement d'acheteurs potentiels.
- Pour les communicants dans le domaine politique, essayer de déterminer quels sont les éléments de langage les «plus porteurs» au détriment de toute règle déontologique;
- Pour les journalistes scientifiques (ou autres) utiliser des images de très grands qualité pour faire du spectaculaire et travestir la vérité – au lieu de servir de médiateur culturel auprès du public.

  On le voit, le champ de la Neuroéthique appliquée, celle qui s'intéresse aux problèmes éthiques que soulève l’utilisation des nouvelles technologies pour l’étude et l’intervention sur le cerveau, est une branche en plein essor de la Bioéthique. Tout comme la Bioéthique, la Neuroéthique n'est pas un domaine réservée aux seuls chercheurs et cliniciens engagés dans les neurosciences, mais elle est, tout au contraire, ouverte à la réflexion du plus grand nombre.

 

Ne nous y trompons pas, ce n'est pas parce que nous pouvons voir des scans cérébraux très colorés et changeant au grè de l'acquisition des images, que nous sommes soudain devenus capables de lire les pensées et de les interpréter.

 


Articles en lien sur ce blog:

 

Sur l'étude du cerveau humain


Hippocampe, neurogénèse, antidépresseur et récepteur glucocorticoïde.

 

Le cerveau imparfait...neurexine, neuroligine et autisme

 

Sur les rapports entre Science et Société

 

The Responsibility of Science. Plaidoyer pour un comportement éthique des scientifiques.

 

Science, Recherche et Société

 

Les nouveaux champs de la recherche dans les sciences du vivant et ls dérives possibles

 

Des génomes humains séquencés par milliers

 

Reprogrammer les cellules somatiques afin d’induire des cellules souches pluripotentes

 

Une Cuve axoltl pour l'été - Les mères porteuses et la gestation pour autrui

 

La biologie synthétique: nouveau champ de recherche émergent

 

Premier embryon humain génétiquement modifié

 

Nouveau Pygmalion. Remodeler l'homme à partir de cellules souches.

 

 



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21 janvier 2012 6 21 /01 /janvier /2012 22:22

Jean MASSOULIE, neurobiologiste, nous a quitté le 12 décembre 2011, à l'âge de soixante treize ans. D'abord élève à Normale Sup, il s'éloigna un moment de la rue d'Ulm pour découvrir le monde des acides nucléiques - la structure de l'ADN  avait été découverte peu d'années auparavant - auprès de Marianne GRUNBERG-MANAGO puis lors de son séjour dans le laboratoire de Jacques R. FRESCO à Princeton University (NJ, USA) en 1960-1961. Comme le raconte un de ses vieux amis présent à cette époque à Princeton - Wilhelm GUSCHLBAUER -  "Jean a commencé avec des triples brins entre une chaîne d'acide polyadénylique et deux autres d'acide polyuridylique" et de rajouter ensuite que sa première expérience en neurobiologie date aussi de cette époque là.

Par la suite, JEAN MASSOULIE rejoindra à nouveau l'Ecole Normale Supérieure pour créer le laboratoire de Neurobiologie avec deux collègues qui formeront avec lui un "trio de choc" - Hersch Mordechai GERSCHENFELD et Philippe ASCHER.

Le laboratoire de Neurobiologie de l'ENS dès sa création, et pendant les années consécutives, comprendra un fort contingent d'électrophysiologistes  et une petite équipe rassemblée autour de Jean qui sera appelée "l'équipe des biochimistes".

L'apport majeur de Jean MASSOULIE va concerner dans un premier temps la mise en évidence du polymorphisme de l'acétylcholinestérase.

Il va surtout l'étudier à la jonction neuromusculaire des vertébrés où cette enzyme est très fortement concentrée et assure l'hydrolyse de l'acétylcholine participant de ce fait  à la régulation de la durée d'activation du récepteur de l'acétylcholine.

Il ne cessera point par la suite de s'intéresser à cette enzyme, qui est un objet d'étude assez exceptionnel, en s'attachant non seulement à l'étude des relations structure-fonction, ce qui était permis par l'apport des techniques de biologie moléculaire et la cristallographie, mais également  aux pathologies humaines liées à des anomalies de l'acétylcholinestérase.

 

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Jean Massoulié le 27 septembre 2008 en Salle Dussane (ENS, Paris) à l'occasion du Jubilé donné en son honneur et en l'honneur de Patrick Masson pour "40 ans de recherche sur les cholinestérases, découvertes fondamentales et applications dans le domaine de la santé" - Crédits photo: Eric KREJCI

 

Ainsi qu'il aimait à le rappeler en citant une remarque des organisateurs du deuxième congrès international sur les cholinestérases (Bled, 1983) "Les scientifiques de nombreux pays - chimistes, biochimistes, biologistes cellulaires, physiologistes, cliniciens, neuroscientifiques, toxicologistes - ont débattu sur une seule enzyme. Cela, assurément, ne pouvait être réalisé à une telle échelle qu'avec la cholinestérase".

 

ENS_2008.JPG


Quelques uns des participants de la journée du 27 septembre 2008 à l'ENS.

Jean Massoulié - au premier rang - en sixième position en partant de la gauche.

Crédits photo: Eric KREJCI

 

 

Jean MASSOULIE a occupé une place centrale au sein de la communauté scientifique internationale engagée dans l'étude des cholinestérases. Il savait rassembler, mettre en contact, encourager les idées nouvelles qu'elles viennent de ses étudiants, des membres seniors de son équipe ou de ses collègues français et étrangers. Son laboratoire a souvent accueuilli des chercheurs et étudiants étrangers venant des quatre coins du monde, .et lui même, grand voyageur, n'hésitait pas à partir fort loin retrouver des collègues devenus ses amis.


 


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31 octobre 2011 1 31 /10 /octobre /2011 22:29

Lorsque notre galaxie était plus jeune de quelques milliards d'années, il était habituel que les étoiles - de même âge et de même composition chimique - s'y rassemblent sous forme d'amas globulaires. La Voie Lactée en auraient hébergé alors des milliers.

 

Aujourd'hui les astronomes dénombreraient  entre 180 et 200 amas globulaires dont les plus proches seraient situés à plusieurs milliers d'années lumière de notre Soleil.

 

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La Voie Lactée vue depuis la Terre.

Image obtenue en assemblant des photos couvrant l'ensemble de la sphère céleste.

 Crédits: ESO/ S. BRUNIER

 

 

Découvert en 1831 par John HERSCHELL, l'amas globulaire NGC 188 , situé dans la Constellation Céphée à près de 5 400 années lumière du Système Solaire, est composé d'étoiles apparues depuis plus de 7 milliards d'années.

 

NGC 188 a donc intrigué fortement les astronomes et les astrophysiciens en présentant en son sein quelques "trainardes bleues" (Blue Stragglers) qui semblaient beaucoup plus jeunes que leurs compagnes  Plusieurs hypothèses avaient été émises pour expliquer leur présence, comme la capture d'étoiles jeunes par l'amas, la naissance à partir de collisions interstellaires ou bien le tranfert de masse d'une étoile à une autre.

 

Aaron M. GELLER et Robert D. MATHIEU de l'Université de Wisconsin-Madison (Wisconsin, USA) et de l'Université Northwestern (Illinois, USA) viennent de montrer dans un article récent, publié dans la revue NATURE le 20 octobre 2011, que dans le cas des 21 Blues Stragglers présentes dans NGC 188, c'est l'hypothèse du transfert de masse qui était avéré. Ces étoiles sont en effet en système binaire avec une autre étoile qui sous l'effet du transfert de masse - au profit des Trainardes Bleues -  sont devenues des naines blanches  peu lumineuses et donc difficilement perceptibles si ce n'est par l'effet qu'elles exercent sur leur compagne.

 

 


Articles en lien sur ce blog:

 

Le lieu où naissent les étoiles.

 

 Image astronomique du jour.

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30 septembre 2011 5 30 /09 /septembre /2011 21:43

Les 22 et 23 septembre 2011 s'est tenue à Paris la première conférence PLACES (Platform of Local Authorities and Communicators Engaged in Science) réunissant des décideurs politiques - ville et région - et des communicants scientifiques pour débattre des politiques de communication de la science pour les villes européennes et leurs régions.


PLACES est un projet soutenu sur des fonds européens et coordonné par ECSITE - réseau européen des centres de science et des muséums. L'objectif de ce projet est de définir et développer le modèle de la "Ville Européenne de la Culture Scientifique".


Comme le disent très bien les organisateurs de la conférence il est désormais temps pour l'Europe d'utiliser au mieux la science pour aborder les problèmes socio-économiques fondamentaux. C'est d'autant plus justifié que la science aujourd'hui influe sur tout ce que nous faisons. Ce projet est directement orienté sur les cibles que l'Europe s'est fixé à l'horizon 2020: l'emploi, recherche et développement, le changement climatique et l'énergie, l'éducation et la lutte contre la pauvreté.


En Europe, soixante neuf institutions spécialisées dans la communication scientifique et/ ou la recherche scientifique (universités, industrie...), ont déjà noué des partenariats avec les décideurs politiques  afin de dresser en commun des Plans d'Action  à l'échelle de la ville ou de la région, visant à apporter de nouvelles perspectives pour le développement culturel et économique. 


 

ParqueCiencias MacroscopioEl Macroscopio - Parc des sciences - Grenade (Espagne)

 


Cela revient souvent à créer des lieux adossés à des espaces de communication scientifique. Une des premières implications est l'intégration harmonieuse de ces espaces dans le plan d'architecture de la ville.

 

Dans la projection que s'en font les participants de la conférence, le prototype de la ville européenne de la culture scientifique est une petite ville ou une ville de taille moyenne ayant une forte motivation justifiée dès le départ par la présence, sur son territoire ou à proximité, d'organismes de recherche, voire d'une université ou des écoles d'ingénieurs.

 

Les deux journées ont été particulièrement denses et d'un très grand intérêt pour chacun des intervenants et participants. Tous ceux qui se sont retrouvés le vendredi après midi dans l'un des ateliers se sont engagés à continuer à explorer les pistes surgies au cours des débats à travers la mise en place d'une plateforme commune de réflexion et de proposition.

 

Neufs points clés pour les politiques de communication de la science émergent de cette conférence, comme on peut le voir en se rendant sur le site Internet d'ECSITE, ou sur celui de PLACES Open Platform.

 

Ce que nous pourrions résumer globalement en disant:

- communiquer la science n'a rien d'une activité secondaire et devrait être reconnue à sa juste place aux côtés des activités Recherche et Innovation;

- tous les acteurs pertinents, publics et privés, de même que les citoyens doivent se sentir impliqués en tant que co-participants et co-créateurs;

- communiquer la science participe à l'ouverture d'esprit de chacun face à ce qui est nouveau et parfois inconnu;

- les régions et les villes européennes ont à développer leurs politiques de communication de la science en prenant en compte leurs propres contextes historiques, géographiques et économiques ainsi que leur objectif propre sur le plan social;

- une "bonne" politique de communication de la science doit concilier deux paramètres différents - la perspective à long terme de la science et les priorités politiques à court terme -;

- la compétitivité dans l'Union Européenne implique que les villes et les régions européennes s'appuient de plus en plus sur une économie basée sur la connaissance (scientifique);

- la communication de la science doit s'engager dans les mêmes voies que celles fixées par la Stratégie Europe 2020;

- les partenaires et décideurs locaux doivent investir dans la communication scientifique;

- des indicateurs plus précis  doivent être mis en place afin de mesurer les impacts et les avantages socio-économiques de la politique de communication de la science.

 

 

 


 Liens externes à ce blog:

 

 

Le site d'ECSITE

 

 

PLACES Open Platform

 

 

Liens internes à ce blog:

 

The Responsibility of Science. Plaidoyer pour un comportement éthique des scientifiques

 

Le scientifique et son image auprès du public.

 

Science, Recherche et Société

 

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31 mai 2011 2 31 /05 /mai /2011 21:58

L'hippocampe, encore appelé Corne d'Amon par référence à sa forme caractéristique, est une structure cérébrale qui participe à plusieurs fonctions extrêmement importantes comme l'acquisition de nouvelles connaissances, la mémoire, la concentration et la régulation de l'humeur.C'est surtout pendant les périodes de repos, alors que de nombreuses fonctions cérébrales se mettent en veille,  qu'il entre en contact avec le cortex cérébral et manifeste sa plus grande activité.

 

On sait également que la zone de l'hippocampe appelée gyrus dentelé est l'une des deux zones du cerveau où se trouvent des cellules souches impliquées dans la neurogénèse. Cette capacité des cellules souches de l'hippocampe à proliférer et à se différencier est d'une importance vitale pour la régénération de cellules lésées et participe à cette faculté assez exceptionnelle du cerveau connue sous le terme de plasticité. Cette plasticité cérébrale  liée à la neurogénèse a été mise en évidence plus récemment que la plasticité cérébrale liée aux synapses et à la reconfiguration des contacts synaptiques. La découverte de cette plasticité a modifié profondément notre perception du cerveau humain et de son fonctionnement.

 

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Hippocampe - Source Wikimedia Commons

 

 

 

On sait également depuis plus de douze ans que l'un des facteurs importants de l'inhibition de cette neurogénèse est le stress et que l'une des réponses à celui-ci est une augmentation du relargage de glucocorticoïde dans le cerveau. De plus cette diminution de la neurogénèse dans le gyrus dentelé induite par le stress a été identifiée comme un important facteur causal des épisodes dépressifs.

Les antidépresseurs qui agissent sur la recapture de la sérotonine, et donc augmentent la neurotransmission sérotoninergique, augmentent également la neurogénèse dans l'hippocampe et par la suite permettent de sortir de l'épisode dépressif. Toutes ces données ont été parfaitement explicitées dans l'article de BL Jacobs, H van Praag et FH Gage: " Adult brain neurogenesis and psychiatry: a novel theory of depression" in Molecular Psychiatry 2000, 5, 262-269.


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Hippocampe - vue d'artiste. Source : Smithsonian Magazine


On imagine sans peine qu'entre la parution de cet article et aujourd'hui, eu égard à l'importance du champ clinique lié à la dépression, quantités d'approches, de thèses et d'articles ont vu le jour. Toutefois il a fallu attendre le début de l'année 2011 pour avoir une idée du mécanisme -ou encore d'un des mécanismes - moléculaire sous-tendant l'action des antidépresseurs connus comme inhibiteurs de la recapture de sérotonine comme la sertraline ou encore des inhibiteurs tricycliques comme l'amitriptyline et la clomipramine. C'est ce qui vient d'être réalisé à l'Institut de Psychiatrie du King's College London par CM Pariante, S Thuret et leurs collaborateurs, travaux publiés en ligne sous le titre:  "Antidepressants increase human hippocampal neurogenesis by activating the glucocorticoid receptor" Molecular Psychiatry 2011 - doi: 10.1038/mp.2011.26

 

Les travaux réalisés au King's College London suggèrent fortement que l'antidépresseur - sertraline - augmenterait la neurogénèse dans l'hippocampe humain au travers d'un mécanisme recquérant la voie de signalisation impliquant l'AMP cyclique et la Protéine kinase A (PKA), la phosphorylation du récepteur glucocorticoîde qui doit  ensuite -voie habituelle pour ce type de récepteur - passer dans le noyau afin de déclencher l'activation spécifique de tout une série de gènes.

 

Il s'agit donc bien d'une première en ce qui concerne l'implication du récepteur glucocorticoîde dans les modifications du niveau de la neurogénèse sous l'effet des antidépresseurs. La sertraline, antidépresseur par inhibition de la recapture de sérotonine, augmenterait la différentiation neuronale et permettrait la maturation des cellules progénitrices de l'hippocampe humain par un mécanisme associé à la phosphorylation du récepteur glucocorticoîde via la PKA. Les changements du niveau de phosphorylation du récepteur glucocorticoïde seraient accompagnés par des changements de la transcription des gènes associés à l'expression du récepteur. 

Cette observation, réalisée in vitro, demande à être étendue afin de pouvoir comprendre l'impact de la neurogénèse (prolifération et différenciation neuronale) sur la dépression et d'autres maladies mentales.

 

Comprendre les mécanismes moléculaires mis en jeu dans la neurogénèse sous l'effet du stress constitue le point de départ dans la mise en place de nouvelles stratégies thérapeutiques pour faire face à un problème sociétal majeur en santé humaine.


 


Articles en lien sur ce blog:

 

 Neuroimagerie fonctionnelle et neuroéthique  

 

Le cerveau imparfait...neurexine, neuroligine et autisme


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31 mars 2011 4 31 /03 /mars /2011 21:59

Jeudi 31 mars, il est 16h et l'amphithéâtre 25 du Campus de Jussieu est rempli par un public majoritairement composé d'étudiants et d'universitaires. Il faut dire que, jusqu'à présent, les rencontres débat "Sciences à coeur" étaient destinées à un public interne à l'Université Pierre et Marie Curie (UPMC), avec des intervenants choisis parmi les personnalités issues du sérail. Ce qui ne limite absolument pas la diversité des thématiques abordées au sein de "la première Université de France" comme aime à le rappeler Anne HERVE-MINVIELLE, directrice de la culture à l'UPMC. Ce soir, c'est un peu exceptionnel, l'Université accueille un intervenant extérieur, et aborde un nouveau cycle baptisé "les invités de Sciences à coeur". L'ouverture est réalisée par une rencontre-débat autour de la culture et l'université avec Jack LANG.    

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  Culture et Université ou bien Université comme vecteur de Culture, il y a quelque chose qui devrait nous inciter à faire sans cesse le basculement, à l'image d'un individu qui peut être alternativement spectateur ou acteur.

 

"La culture, déclare Jack LANG, n'a pas à être considérée dans un sens étroit, comme on parle de culture littéraire par exemple, mais plutôt dans toutes ses dimensions."

 

L'Université, déjà, par son architecture devrait être un lieu de culture, ensuite par son intrication dans l'urbanisme, au coeur de la ville, elle devrait vivre intensément dans une atmosphère de culture qui rejaillirait à l'extérieur du campus.

 

Quoi qu'il en soit, Jack LANG, incite fortement les étudiants et les universitaires à développer, même et surtout au sein d'une Université scientifique, la culture artistique - au sens étroit du terme - . 

 

Il faudrait, pour chacun, pouvoir mettre en lien en permanence ses activités habituelles et l'activité artistique.


"L'école de la Vie, l'école de l'Initiative compte autant que l'école de l'Ecole ou l'école des examens et des contrôles."


Jack LANG parle ensuite brièvement de ses années étudiantes, où lui-même avec ses amis, s'était engagé dans des activités artistiques lui permettant de découvrir tout un monde en dehors de l'université.

"Notre connaissance de la Cité et d'autres univers culturels , nos échanges et interactions, nous rapprochent de ceux qui vivent autour de nous."

 

Les étudiants de l'UPMC, en charge de TV Jussieu, ont réalisé un micro trottoir auprès d'autres étudiants du Campus désireux de poser des questions à l'invité du jour. Fusent un grand nombre de questions autour de la gratuité des musées pour les étudiants, ce qu'il pense de la loi HADOPI sous sa forme actuelle, ce qu'il pense de la Techno parade, l'implication de la Catastrophe au Japon sur notre vision du monde et sur la Culture, quel type de musique préfère-t-il?

 

A propos du tsunami qui a ravagé les côtes du Japon, et du péril nucléaire qui menace, Jack LANG déclare "comme bien souvent ce que l'homme invente peut échapper à la main de l'homme. Dans la littérature vous pouvez  retrouver Frankenstein et, un peu plus ancien dans la tradition hébraïque de l'Est, l'histoire du Golem (NdR: créé à l'origine à partir de l'argile par le Maharal de Prague pour venir en aide aux communautés juives menacées par les pogroms)...Ce qui se passe au Japon est une "tragédie antique" sous son aspect irréversible."

 

La rencontre se poursuit avec les questions, fort nombreuses, de l'assemblée. Il y aura même une question autour de "la culture scientifique serait-elle le parent pauvre de la Culture?" à laquelle l'orateur répondra en citant de nombreux exemples d'évolution et de progrès au cours des dernières années.

 

Et le mot de la fin : "Ce que je ressens maintenant? c'est à l'image de ce coeur sur votre affiche, de ce "Sciences à coeur". Je crois qu'il faut garder sa capacité de rébellion et sa capacité d'émerveillement."



 

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31 octobre 2010 7 31 /10 /octobre /2010 22:41

Au cours de la dernière décennie du vingtième siècle, la mise en place du grand projet de séquençage et d’analyse du génome humain, l’Human Genome Project, au travers d’un gigantesque travail collaboratif impliquant un très grand nombre de scientifiques à travers le monde, a permis l’obtention de la première séquence complète du génome humain dès l’été 2000.

 

Depuis lors, l’apparition de nouveaux outils et produits de moindre coût a permis aux scientifiques de se lancer dans le séquençage et l’analyse de plusieurs  milliers de séquences génomiques humaines.

Ce travail s’effectue aussi bien dans les grands centres de séquençages que dans de simples laboratoires.  Actuellement ce sont environ 2 700 séquences génomiques qui ont été obtenues et, près de 30 000 le seront d’ici la fin de l’année 2011.

 


  ATCGpeople.jpg

Crédit: U.S. Department of Energy Genome Programs

http://genomics.energy.gov


Le séquençage de milliers ou de dizaines de milliers de génomes obéit à trois types d’exigences :

 

1 – comprendre les variations observées au sein des populations humaines ;

2 – mieux comprendre la spécificité d’un grand nombre de maladies – par exemple : cancers, diabètes…- afin de bâtir de nouvelles thérapies ;

3 – comprendre ce qui fait que chaque individu – chacun d’entre nous – est unique. Dans certaines situations pathologiques entreprendre le séquençage d’un génome appartenant à un individu particulier pourrait être justifié sur un plan éthique.

 

 

A l’heure où l’on décrypte le génome de Neandertal, on l’on suit à la trace les migrations d’Homo sapiens, où l’on est capable de restaurer des rétrovirus enfouis depuis des millions d’années dans notre génome et d’identifier une mutation ponctuelle pouvant être à l’origine de certaines formes d’autisme, il peut s’avérer des plus utiles de comprendre ce qui fait de nous des humains, notre diversité et notre sensibilité au monde qui nous entoure.

 


Liens externes:

 

- le 1000 Genomes Project

 

- A map of human genome variation from population-scale sequencing

 

Articles en lien dans ce blog:

 

-  Le patrimoine de l'humanité. Le génome humain et les droits de l'homme

 

- La mémoire des origines. Des rétrovirus enfouis dans le génome humain

 

- Les migrations d'Homo sapiens

 

- Le cerveau imparfait...neurexine, neuroligine et autisme

 

- L'enfant Neandertal de la Tour du Diable

 


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31 août 2010 2 31 /08 /août /2010 21:46

Le Grand Collisionneur de Hadrons est opérationel depuis quelques mois. Dans leur quête des premiers instants de l'apparition de notre univers, les physiciens, issus de plus de cinq cent Instituts répartis sur l'ensemble de la planète, essaient de comprendre où est passée l'antimatière qui est apparue nécessairement à l'origine.

 

Extrait d'un communiqué de presse du CERN de ce mois d'août:

"Genève, le 18 août 2010. Le Spectromètre magnétique Alpha (AMS), une expérience qui étudiera l’antimatière et la matière noire dans l’espace, quitte le CERN mardi prochain. C’est une étape qui le rapproche de son voyage vers la Stationspatiale internationale (ISS). Le détecteur AMS sera transporté du CERN à l’Aéroport International de Genève en attendant son départ de la Suisse prévu le 26 août prochain, à bord d’un Galaxy, un avion de transport de l’US Air Force, à destination du Centre spatial Kennedy en Floride..."

 

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Photo du Spectromètre magnétique Alpha - Crédits CERN

 

Cependant ce qui fascine le plus ces milliers de chercheurs, majoritairement européens, c'est d'essayer de mettre en évidence le fameux Boson de Higgs, encore appelé "la particule de Dieu", qui serait en quelque sorte le "chaînon maquant" de la physique, dont le postulat a été établi au vingtième siècle - au début des années soixante - par le physicien britannique Peter HIGGS. Les moyens techniques, les capacités d'analyse informatique des masses gigantesques de données produites chaque semaine existent désormais avec le LHC et la mise en réseau d'un très grand nombre d'ordinateurs qui ont été reliés entre eux à travers le monde.

 

Qu'en est-il donc de ce boson que l'on recherche avec une quasi frénésie?

 

Dans une version parodique, certes non académique, mais assez juste finalement, Kate McAlpine déclamait dans son "Large Hadron Rap":

 

 

« Le boson de Higgs, celui dont tout le monde parle

On va savoir avec notre machine infernale

Si le Higgs existe, on va le voir sur le champ

S’il n’existe pas, les scientifiques diront finalement

” Y’a pas de Higgs il faut une nouvelle physique inventer,

La masse existe, c’est que le modèle standard est incomplet”

 

Mais ce Higgs, je n’ai pas dit ce qu’il faisait.

Si les particules ont une masse, c’est dû à l’effet

Du champ de Higgs, qui baigne tout l’espace

Certaines particules sont prises dedans, tandis que d’autres tracent

Tout droit, comme le photon qui n’a pas de masse, vu ?

Mais un truc lourd comme le quark top, il faut qu’il traîne son gros c**

Le Higgs est un boson, particule élémentaire

Dirigeant les particules évoluant dans son champ scalaire. »

 

                                                        (Traduction de Tom ROUD, 2008)

 

 

Y-a-t-il beaucoup de questions scientifiques qui puissent prétendre être plus fondamentales que celle-là? Une particule élémentaire dont tout dépend et qui - s'il venait à être démontré qu'elle n'existait finalement pas - remettrait en cause notre conception toute entière de la physique et de l'univers...

 

Dans un article publié le 27 août 2010 dans le journal Les Echos, sous le titre "Au CERN, 10 000 chercheurs remontent le temps", l'auteur -Paul MOLGA - livre toute une série d'approches sur la vie des scientifiques au CERN, leurs attentes, voire leur frustation supposée ou réelle lorsqu'ils doivent signer par ordre alphabétique et par milliers chaque article. Le journaliste se demande alors comment le jury Nobel s'y prendra pour distinguer trois individus particulièrement remarquables au sein de la cohorte?

 

Rassurons-nous, il y a parfois des évaluations effectuées par les pairs qui valent beaucoup mieux que les indices bibliométriques!

Et chacun des co-auteurs bénéficiera de publications dans des revues à très haut facteur d'impact. Chaque article sera beaucoup lu et décortiqué et fortement commenté par les spécialistes du monde entier.

Pour le jeune docteur postulant par la suite à un poste académique, nul doute qu'il lui restera:

- les lettres de recommandations de chercheurs seniors;

- la qualité de l'audition qu'il sera en mesure de fournir lors d'un entretien d'embauche.

Mais bien avant cette candidature, il aura tout loisir de donner des séminaires et de constituer son réseau professionnel.

 

Ainsi, non seulement, la particule de Dieu est-elle capable de donner une masse aux autres particules, mais elle peut aussi donner du poids à un jeune chercheur.

 

 


Articles en lien sur ce blog:

 

       - Le grand collisionneur de Hadrons ou LHC

 

       - Large Hadron Rap - Kate McAlpine

 

       - Décohérence, Paradoxe EPR, Einstein et Bohr deux conceptions du monde

 

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9 juillet 2010 5 09 /07 /juillet /2010 14:42

La huitième édition de La Nuit de la Science à Genève, qui aura lieu du 10 au 11 juillet 2010, a pour ambition de:

"1) permettre à un public familial de dialoguer en direct avec des savants et de se faire expliquer de façon simple et ludique les dernières recherches en cours.
2) proposer aux scientifiques de sortir de leurs laboratoires pour aller à la rencontre du public et leur donner ainsi le moyen d'expliquer leur démarche."

 

Ce n'est pas très différent des priorités affichées pour ce genre d'opération par l'ensemble des pays qui, à travers le monde, offrent à leurs citoyens une "Semaine de la Science", voire comme en France une "Fête de la Science" qui, cette année, se déroulera sur quatre jours au mois d'octobre.

 

Jusqu'au choix de la thématique retenue pour cette année 2010 "Extrêmes & Limites" qui n'est pas sans rappeler la thématique de la Fête de la Science édition française de 2007 qui se développait autour de "Frontières de la connaissance. Instruments de la science".

 

 

nuit-science.png

 

 

Cette opération se déroule ce week end à Genève. Elle est organisée par le Musée d'histoire des sciences de Genève et relève du Ministère de la Culture.

 

Nous ne pouvons que souhaiter une grande et belle réussite à nos amis Suisses dans leurs efforts pour rapprocher et inviter au dialogue entre chercheurs et citoyens autour de la Science telle qu'elle se pratique.

 


Article en lien sur ce blog:

 

La Fête de la Science en Ile-de-France - édition 2008:  Une semaine en novembre

 

 

 

 

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12 juin 2010 6 12 /06 /juin /2010 21:15

A Paris, ce samedi matin 12 juin est nuageux, la nuit précédente a apporté son lot de pluie, et je cherche une place pour garer ma voiture pas trop loin du Collège de France en refaisant le tour Place du Panthéon, rue des Ecoles, rue Saint Jacques. La plénière d'ouverture du Forum Science, Recherche et Société, 2eme édition, à l'initiative du journal Le Monde et de la revue La Recherche, a lieu à 10 heures.

Dans le grand amphithéâtre Marguerite de Navarre un peu plus de deux cent personnes sont déjà présentes à mon arrivée. L'Administrateur du Collège de France, le Professeur Pierre CORVOL, est en train de discuter près de l'entrée, quant à Françoise BARRE-SINOUSSI, qui doit intervenir pour la conférence plénière, elle est déjà assise au premier rang et apparemment très décontractée.

Pierre CORVOL fait le mot d'accueil. Il présente en quelques mots l'Institution qui nous reçoit, le Collège de France, et ce qu'on y fait avec le souci permanent de créer des liens entre la Recherche, la science telle qu'elle se fait, et le grand public. C'est concis, très clair et, pour moi, qui suis habitué par nécessité professionnelle à ce genre d'exercice, je trouve même cet accueil-introduction particulièrement remarquable.

 

College_de_france.jpg

 

Collège de France - statue de Guillaume BUDE - visible depuis la rue Saint Jacques

 

 

Françoise BARRE-SINOUSSI va nous raconter ensuite l'histoire de la découverte du virus du SIDA à la suite d'une interpellation directe par des "activistes" venus dans son laboratoire à l'Institut Pasteur pour interroger des spécialistes des rétrovirus, dispensant un enseignement sur les rétrovirus.

"Tout le monde sait aujourd'hui qu'il s'agit d'une zoonose... la forme simiesque du virus existait sans doute depuis des milliers d'années...les premiers humains contaminés habitaient dans une zone géographique bien délimitée, c'est vraisemblablement à la suite du processus de décolonisation et des guerres qui ont suivi que la population contaminée a été contrainte à se déplacer et que la maladie a commencé à se répandre...Pour l'avenir c'est avec le dérèglement climatique et les migrations de populations qui s'en suivront que risquent d'apparaître les pandémies....Avec la découverte des antibiotiques, et l'utilisation de la pénicilline après 1945, on pensait que toutes les maladies pouvaient être vaincues, même si la médecine a réalisé d'énormes progrés, force est de constater qu'il n'en est rien..."

Une très bonne prestation, sur le ton de la connivence avec le public, suivie par un débat avec quelques étudiants de Science Po, dont la particularité était qu'ils suivaient tous un cursus scientifique à l'UPMC.

 

J'ai rejoint ensuite le petit amphithéâtre Maurice HALBWACHS où les intervenants débattaient autour de la question: "La biodiversité a-t-elle un prix?". C'était plutôt sympathique. En particulier le topo de Jean-Michel SALLES, chargé de recherche au CNRS, qui nous a rappelé quelques fondamentaux en matière d'économie. Par exemple la distinction classique entre Prix et Valeur, nous rappelant la question d'école déjà ancienne "Pourquoi l'eau qui nous est indispensable, et sans laquelle nous mourrons, a-t-elle moins de valeur marchande que le diamant qui ne nous est pas du tout indispensable?"... et Quid de la biodiversité?

 

Au cours de ces quelques heures, il y a quelques points qui m'ont particulièrement interpellés:

 

- suite à la présentation de Pierre CORVOL, c'est le titre même du Forum "Science, Recherche et Société" qui m'interpelle.

 

Tout d'abord et comme chacun peut le constater cet artcle appartient à la catégorie "Science et Société" de mon blog. Par ailleurs, dans le vocable "européen" du 7eme PCRD, on parle de "Science in Society". 

  Dans la plupart des cas, il est rare que l'on y associe le mot Recherche.

Aujourd'hui il m'apparaît évident que le mot Recherche doive être associé à Science et Société. La Recherche c'est la science qui se fait, pas celle des livres ou des musées. En introduisant le mot Recherche on passerait de quelque chose de théorique, ou du moins très généraliste - la Science -, à une pratique - la Recherche -.

 

-suite à la prestation de Françoise BARRE-SINOUSSI, il apparaît que toute Recherche, particulièrement celle qui entraine de fortes implications dans la Société, doit être réalisée en partenariat avec des citoyens, voire des "activistes". Il faut qu'il y ait dialogue, pas nécessairement pour que scientifiques et citoyens tombent d'accord sur tout, mais qu'il y ait au moins échange, afin que le chercheur prenne les bonnes idées qui se présentent et réajuste au besoin ses objectifs.

 

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Articles en lien sur ce blog:

 

 The Responsibility of Science. Plaidoyer pour un comportement éthique des scientifiques.

  

Les villes européennes de la culture scientifique.

 

Neuroimagerie fonctionnelle et neuroéthique

 

 


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