Grande révélation du Sunday Times du 11 mai 2008 « Une équipe scientifique crée le premier embryon humain génétiquement modifié », l’article en ligne est accessible pour les anglophones à l’adresse http://www.timesonline.co.uk/tol/news/uk/science/article3908516.ece
sous la plume de Sarah-Kate TEMPLETON.
L’information sera reprise ensuite par la presse internationale.
Pour les francophones, si le texte des articles conserve les grandes lignes de l’article original en dehors de quelques raccourcis, les titres ont subi des modifications reflétant sans doute le
souci de la rédaction de coller au plus près des attentes de ses lecteurs.
C’est ainsi que pour nos voisins belges il y a eu « Création puis destruction du 1er embryon humain génétiquement modifié » (nous sommes donc rassurés avant même d’avoir lu l’article), accessible en ligne à l’adresse http://www.7sur7.be/7s7/fr/1506/Sciences/article/detail/272584/2008/05/11/Creation-puis-destruction-du-1er-embryon-humain-genetiquement-modifie.dhtml
Quant au lecteur français, il apprend, en lisant Le Monde du 14 mai 2008, que : « Un embryon humain génétiquement modifié a été crée aux
Etats-Unis ». En effet, ce n’est pas parce que l’information est révélée par nos amis d’Outre-manche qu’il s’agissait d’une première britannique comme, voici 30 ans, avec
la naissance de Louise BROWN ou comme pour l’arrivée de DOLLY le 5 juillet 1996. Pour cette affaire l’équipe scientifique est nord-américaine. Le titre accroche le lecteur, le garde en haleine et
lui permet de prendre physiquement quelque distance, les Etats-Unis c'est loin!
Cette distance physique permet sans doute, à beaucoup de lecteurs, de rester très au-dessus des faits eux-mêmes pour se focaliser sur un grand débat d’idées laissant libre cours à l’expression des sentiments, des peurs, des craintes, de la joie, de l’approbation ou désapprobation…

Embryon humain cloné
Zev Rosenwaks et Nikica Zaninovic (Center for Reproductive Medicine and Infertility, Weill Cornell Medical College, New York-Presbyterian Hospital, New York) sont
des spécialistes de la Procréation Médicale Assistée. Les équipes du Centre utilisent les approches et technologies actuelles, ce qui inclut les techniques et outils de biologie moléculaire et
cellulaire.
Dans le cas présent, rapporté par le Sunday Times, il s’agissait d’un travail présenté en 2007, lors d’une Conférence de la Société Américaine de Médecine
Reproductive, qui mentionnait l’utilisation d’un marqueur génétique fluorescent dans un embryon humain non-viable afin d’étudier l’embryologie précoce.
Il n'y a pas eu de grande publication dérivée de cette présentation, ni dans la revue Science, ni dans Nature, pas plus que dans les Proceedings of National Academy
of Science pour prendre date, dans le cas où la nouveauté du travail le justifierait.
Dans un monde où les scientifiques publient de plus en plus en ligne, cela en dit long pour un autre scientifique, mais sans doute est-ce complètement NON PERCEPTIBLE pour le citoyen ordinaire.
Autre point, dans cette assemblée composée de spécialistes de la Reproduction Humaine particulièrement sensibilisés aux questions d’éthique, aucune vague, aucune réaction, aucune dénonciation.
Alors que s’est-il passé ? D’où vient le « scoop » du Sunday Times ?
Une hypothèse : en Grande-Bretagne, le gouvernement est en train de prendre un certain nombre de dispositions concernant la législation sur les Embryons Génétiquement Modifiés. Le sujet est très sensible, les enjeux économiques et politiques sont extrêmement importants. Vous pouvez attaquer pour la n ième fois la production de plantes génétiquement modifiées, mais le public a déjà, plus ou moins, une opinion, et le gain potentiel d’une campagne supplémentaire n’est pas forcément immédiat. Une approche bien plus percutante consiste à créer un événement sensationnel et, dans ce cas, quoi de plus interpellant que l’embryon humain et l’avenir de l’espèce humaine.
Comme le rappelle l’article premier de la Déclaration universelle sur le génome humain et les droits de l’homme de 1997 (voir sur ce Blog mon article Le patrimoine de l’humanité) : «Le génome humain sous-tend l'unité fondamentale de tous les membres de la famille humaine, ainsi que la reconnaissance de leur dignité intrinsèque et de leur diversité. Dans un sens symbolique, il est le patrimoine de l'humanité.»
Cette histoire peut avoir un aspect positif, elle pourrait permettre de soulever un vrai débat à partir d’une expérience qui n’appelle pas (en elle-même) au débat.
Il y a urgence à ce que Science et Société apprennent à se connaître et à débattre, et dans cet échange celui qui a le plus de connaissances a également de plus grandes responsabilités (voir sur ce Blog mon article The Responsibility of Science)
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