Le dimanche 6 avril 2008 le grand public a pu visiter le site du Grand Collisionneur de Hadrons LHC (pour Large Hadron Collider), un instrument
scientifique de taille gigantesque à 100 mètres sous terre, tout près de Genève et à cheval sur la frontière franco-suisse. Ce fut un succès par le nombre de visiteurs qui sont arrivés pour cette
journée portes ouvertes. Benjamin BRADU, physicien, qui était présent sur le site pour y accueillir les groupes en a fait un compte-rendu sur son blog (voir ma rubrique liens).
Je renvoie également le lecteur sur les pages web du CERN réservées au public qui sont tout à fait remarquables et apportent une foule d'informations passionnantes (voir la rubrique liens).
Sans doute ce qui retiendra en premier l'attention du passionné de science, c'est l'annonce que le Grand Collisionneur va recréer les conditions qui existaient juste après le Big Bang.
Voici ce que l'on nous annonce : "Les physiciens s’attendent en tous cas à une nouvelle ère de physique, apportant de nouvelles
connaissances sur le fonctionnement de l’Univers. Pendant des décennies, les physiciens se sont appuyés sur le modèle standard de la physique des particules pour essayer de comprendre les lois
fondamentales de la Nature. Mais ce modèle est insuffisant. Les données expérimentales obtenues grâce aux énergies très élevées du LHC permettront de repousser les frontières du savoir, mettant au
défi ceux qui cherchent à confirmer les théories actuelles et ceux qui rêvent à de nouveaux paradigmes."
A jouer avec l'imagination et le rêve d'un public passionné, n'y-a-t-il point risque à lui faire oublier l'exploit technique, intellectuel et politique, que constitue la mise en place du LHC ? Quid
du LEP qui l'a précédé et dont il a fallu, en 14 mois, évacuer les 40000 tonnes de matériel ? Quid des cavernes géantes creusées pour y installer les instruments de mesure? Quid des différentes
pièces de haute technologie venant de nombreuses parties du monde, de l'Europe bien entendu, mais aussi de l'Amérique, de la Russie, de la Chine, de l'Inde, du Japon... c'est la planète entière qui
se retrouve au CERN.
Il y a aussi la mise en place d'une Grille de calcul LHC pour stocker et traiter les 15 pétaoctets de données qui seront produites chaque année. Puis l'utilisation des données par les
chercheurs répartis dans des Instituts de différents pays, après que ces données, dont le flot sera ininterrompu, auront transité par des centres informatiques de grande capacité.
Et puisque l'on nous assure (rassure) que nous ne serons point engloutis par les trous noirs microscopiques ni emportés par les strangelets (eh oui, comme si les quarks n'étaient pas
suffisamment étranges!), produits par le LHC, nous pourrions prendre le temps de réfléchir à cette approche dynamique de la réalité qu'est la science.
Anneau de gaz et de poussières autour d’un trou noir
© V. Beckmann (NASA's GSFC) et al., ESA
Nous avons avec le Grand Collisionneur un très bel exemple du lien étroit entre recherche théorique et recherche expérimentale, entre recherche fondamentale et recherche finalisée. La construction
du LHC au cours des dernières années, avec la production en série de certains aimants, a même été un parfait exemple de transfert technologique de la recherche vers l'industrie.
Les problèmes déjà soulevés et ceux qui ne tarderont pas à paraître nécessiteront des collaborations internationales renforcées et la mise en place de moyens techniques dont nous ne disposons pas
encore.
Articles en lien sur ce blog:
- Le scientifique, l'information du public et la réflexion éthique:
The Responsibility of Science
- Probabilités, Physique quantique, Paradoxe EPR et Expérimentation:
Décohérence
par Alain ANSELMET
publié dans :
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