Science et Société

Mardi 31 mars 2009
Il y a tout juste 50 ans, le 14 février 1959, le Général De Gaulle après avoir visité Sud-Aviation et plusieurs Instituts de recherche, prononçait un discours à la Cité universitaire de Toulouse. Il y livrait sa vision du rôle des étudiants, des enseignants, des chercheurs et de l'Etat. En voici des extraits:

« Au moment où je suis de ma vie, bref, dans mes dernières années, j'ai le sentiment, à l'université de Toulouse, de me trouver sur une plage, au bord d'un océan, celui qui peut vous porter, vous les chercheurs, vous les professeurs, vous les étudiants, vers les rivages de la découverte, afin de gagner, à partir de là, les terres inconnues du progrès…

 

Ce n'est pas à la faculté des sciences de Toulouse, entouré comme je le suis par les maîtres et les étudiants de diverses facultés, que j'ai à démontrer pourquoi l'éveil et le développement de l'esprit, par la connaissance de ce qui est beau et par le culte de ce qui est bon, doivent s'associer à la formation scientifique de nos jours…

 

Mais une pareille construction comporte plusieurs étages. À la base, il faut qu'une large partie de la jeunesse française vienne à l'Enseignement scientifique et que les étudiants travaillent bien. Plus haut ce sont les Maîtres, dont il faut qu'ils soient en nombre suffisant et qu'ils aient les moyens voulus pour accomplir leur grande tâche. Plus haut, encore, les Chercheurs, à qui il faut l'équipement spécial nécessaire à leurs travaux et l'art de ne point cloisonner les pensées et les résultats.


Au sommet, enfin, l'État ! L'État qui a le devoir d'entretenir dans la nation un climat favorable à la Recherche et à l'Enseignement; l'État, qui, malgré le flot des besoins et le flot des dépenses, a la fonction de doter les laboratoires et de pourvoir l'enseignement. L'État, enfin, qui doit orienter l'ensemble, tout en laissant à chacun des chercheurs sa direction et son autonomie…


Mais aussi, par-delà l'université de Toulouse, je salue l'Enseignement français, les chercheurs, les maîtres, les étudiants. En même temps, je leur rends témoignage parce qu'ils servent celui qu'il faut servir, c'est-à-dire l'homme, tout simplement. »

 

« Discours prononcé par Charles de Gaulle », La Revue pour l’histoire du CNRS, N°1 - Novembre 1999,  mis en ligne le 6 décembre 2006.






Par Alain ANSELMET
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Vendredi 20 février 2009
Wendelin WERNER, 41 ans, mathématicien français au parcours exceptionnel et prestigieux, Membre de l'Académie des Sciences et  Médaille Fields 2006, a réagi face à des insinuations à l'emporte pièce à l'encontre de la communauté des scientifiques français par une lettre ouverte publiée dans le quotidien Le Monde du 19 février 2009.

"Monsieur le Président, vous ne mesurez peut-être pas la défiance...,


Je ne pensais pas un jour me retrouver dans la situation qui est la mienne aujourd’hui, à savoir écrire une lettre ouverte au président de la République française : ce qui m’intéresse avant tout, et ce à quoi j’ai choisi de consacrer ma vie professionnelle, c’est de réfléchir à des structures mathématiques, d’en parler avec mes collègues en France et à l’étranger et d’enseigner à mes étudiants. J’ai eu le privilège de voir mes travaux aboutir et récompensés par un prix important. Cela me donne une certaine responsabilité vis-à-vis de ma communauté et me permet aussi d’être un peu plus écouté par les médias et le pouvoir politique. Comme le montre le sociologue allemand Max Weber dans son diptyque Le Savant et le Politique, auquel Barack Obama s’est d’ailleurs implicitement référé dans son discours d’investiture, nous devons partager une même éthique de la responsabilité. C’est au nom de celle-ci que je m’adresse aujourd’hui à vous.

Vous ne mesurez peut-être pas la défiance quasi unanime à votre égard qui s’installe dans notre communauté scientifique. L’unique fois où nous avons pu échanger quelques mots, vous m’avez dit qu’il était important d’arriver à se parler franchement, au-delà des divergences, car cela fait avancer les choses. Permettez-moi donc de nouveau de m’exprimer, mais de manière publique cette fois.


Je m’y sens aussi autorisé par l’extrait suivant du discours que vous aviez prononcé il y a un an lors de votre venue à Orsay pour célébrer le prix Nobel d’Albert Fert : "La tâche est complexe, et c’est pourquoi j’ai voulu m’entourer des plus grands chercheurs français, dont vous faites partie, pour voir comment on pouvait reconfigurer notre dispositif scientifique et lui rendre le pilotage le plus efficace possible. Je les consulterai régulièrement, ces grands chercheurs, et je veux entendre leurs avis." Je vous donne donc mon avis, sans crainte et en toute franchise.


Votre discours du 22 janvier a, en l’espace de quelques minutes, réduit à néant la fragile confiance qui pouvait encore exister entre le milieu scientifique et le pouvoir politique. Il existait certes, déjà, une réaction hostile d’une partie importante de notre communauté aux différents projets mis en place par votre gouvernement et leur motivation idéologique. Mais c’est uniquement de votre discours et de ses conséquences dont je veux parler ici.


Tous les collègues qui l’ont entendu, en direct ou sur Internet, qu’ils soient de droite ou de gauche, en France ou à l’étranger (voir la réaction de la revue Nature), sont unanimement catastrophés et choqués. De nombreuses personnes présentes à l’Elysée ce jour-là m’ont dit qu’elles avaient hésité à sortir ostensiblement de la salle, et les réactions indignées fleurissent depuis.


Rappelons que vous vous êtes adressé à un public comprenant de nombreux scientifiques dans le cadre solennel du palais de l’Elysée. Je passerai sur le ton familier et la syntaxe approximative qui sont de nature anecdotique et ont été suffisamment commentés par ailleurs. Lorsque l’on me demande à quoi peut servir une éducation mathématique au lycée pour quelqu’un dont le métier ne nécessitera en fait aucune connaissance scientifique, l’une de mes réponses est que la science permet de former un bon citoyen : sa pratique apprend à discerner un raisonnement juste, motivé et construit d’un semblant de raisonnement fallacieux et erroné.


La rigueur et le questionnement nécessaires, la détermination de la vérité scientifique sont utiles de manière plus large. Votre discours contient des contrevérités flagrantes, des généralisations abusives, des simplifications outrancières, des effets de rhétorique douteux, qui laissent perplexe tout scientifique. Vous parlez de l’importance de l’évaluation, mais la manière dont vous arrivez à vos conclusions est précisément le type de raisonnement hâtif et tendancieux contre lequel tout scientifique et évaluateur rigoureux se doit de lutter.


Nous sommes, croyez-moi, très nombreux à ne pas en avoir cru nos oreilles. Vous, qui êtes un homme politique habile, et vos conseillers, qui connaissent bien le monde universitaire, deviez forcément prévoir les conséquences de votre discours. Je n’arrive pas à comprendre ce qui a bien pu motiver cette brutalité et ce mépris (pour reprendre les termes de Danièle Hervieu-Léger, la présidente du comité que vous avez mis en place ce jour-là), dont l’effet immédiat a été de crisper totalement la situation et de rendre impossible tout échange serein et constructif. De nombreux étudiants ou collègues de premier plan, écoeurés, m’ont informé durant ces quinze derniers jours de leur désir nouveau de partir à l’étranger. J’avoue que cela m’a aussi, un très court instant, traversé l’esprit en écoutant votre intervention sur Internet.


Le peu de considération que vous semblez accorder aux valeurs du métier de scientifique, qui ne se réduisent pas à la caricature que vous en avez faite - compétition et appât du gain -, n’est pas fait pour inciter nos jeunes et brillants étudiants à s’engager dans cette voie. La ministre et vos conseillers nous assurent depuis plus d’un an que vous souhaitez authentiquement et sincèrement aider la recherche scientifique française. Mais vous n’y parviendrez pas en l’humiliant et en la touchant en son principe moteur : l’éthique scientifique.


Comme vous l’expliquez vous-même, la recherche scientifique doit être une priorité pour un pays comme la France. En l’état actuel des choses, il ne semble plus possible à votre gouvernement de demander à la communauté scientifique de lui faire confiance.


De nombreux collègues modérés et conciliants expriment maintenant leur crainte d’être instrumentalisés s’ils acceptent de participer à une discussion ou à une commission. Les cabinets de la ministre de la recherche et du premier ministre ont certainement conscience de l’impasse dans laquelle vous les avez conduits. J’ai essayé de réfléchir ces derniers jours à ce qui serait envisageable pour sauver ce qui peut encore l’être et sortir de l’enlisement actuel.


Un début de solution pourrait être de vous séparer des conseillers qui vous ont aidé à écrire ce discours ainsi que de ceux qui ne vous ont pas alerté sur les conséquences de telles paroles. Ils sont aussi responsables de la situation de défiance massive dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui, et que votre intervention du 22 janvier a cristallisée.


Ils ont commis, à mon sens, une faute grave et c’est votre propre dogme que toute faute mérite évaluation et sanction appropriée. Cela permettrait à notre communauté de reprendre quelque espoir et de travailler à améliorer notre système dans un climat apaisé, de manière moins idéologique et plus transparente.


Il est, pour moi, indispensable de recréer les conditions d’un véritable dialogue. L’organisation de la recherche et de l’enseignement supérieur est certes un chantier urgent mais, comme vous l’aviez noté il y a un an, il est d’une extrême complexité. Sa réforme demande de l’intelligence et de la sérénité. Il n’appartient qu’à vous de corriger le tir."



C'est une lettre franche et directe qui m'a donné envie d'en savoir un peu plus sur son auteur que j'avais rencontré deux fois auparavant, la dernière rencontre en date étant sur les marches du Panthéon en octobre 2007 à l'occasion de l'inauguration de la Fête de la Science.

De mon enquête rapide sur le personnage, j'ai retenu essentiellement une image et une interview.

L'image représente les lauréats 2006 lors de la remise du prix en Espagne autour du Roi Juan Carlos:


Wendelin WERNER est à droite sur la photo
Crédits - ambafrance-cn


De cette image je retiens le symbole de l'attention du Politique pour le Savant.

Quant à l'interview, réalisée en 2007, elle peut être retrouvée en intégralité sur le site web du quotidien Le Figaro.

J'en ai extrait quelques lignes qui me semblent définir notre Scientifique:


"    Wendelin Werner est le neuvième Français à obtenir la médaille Fields depuis sa création en 1936. Cette dernière consécration confirme la qualité de l'école mathématique française, deuxième au monde derrière les Etats-Unis pour le nombre de médaillés Fields et pour la quantité de publications dans des revues internationales. «J'ai bénéficié d'une tradition de l'enseignement des mathématiques, explique-t-il, avec des professeurs stimulants. Nombre de bons élèves choisissent cette filière d'autant que cette discipline se prête bien à un système de notation plus juste et a priori moins subjectif, et les notes sont importantes dans le système français... Puis, lorsqu'on a commencé à apprécier les jolies démonstrations, on est tenté de continuer dans la recherche.»

 

De l'avis de son entourage, la médaille Fields n'a rien bouleversé dans sa vie. Certes, cela a changé le regard de personnes de cercles plus éloignés. Les médias et les politiques le sollicitent. Et si des ponts d'or lui ont été offerts, notamment par des banques en quête d'oracle pour estimer les risques associés à des produits financiers, il n'a pas succombé aux chants de ces sirènes. Quand bien même on lui proposait de multiplier son salaire par dix. «Sur le coup, ça m'a un peu déstabilisé, raconte-t-il. Puis j'ai considéré que je n'avais pas besoin de tout cet argent. La carrière universitaire est un choix. Il y a d'autres valeurs qui nous importent, comme la liberté de choisir nos sujets de recherches. Mais je ne dis pas que les chercheurs se satisfont du salaire qui leur est alloué en France et des moyens qui leur sont donnés, souvent très insuffisants dans les disciplines expérimentales.»"

 

Relisons attentivement cette petite phrase:


"Il y a d'autres valeurs qui nous importent, comme la liberté de choisir nos sujets de recherches."


Visiblement ce ne peut pas être une déclaration polémique issue du contexte actuel, puisque elle a été faite en 2007.




Crédits photo: Antoinetav_2007





Par Alain ANSELMET
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Lundi 16 février 2009
A la fin du mois de décembre 2008, présentant sa nouvelle équipe, le Président Elu OBAMA faisait cette déclaration à propos de la science et des scientifiques:

" En cet instant, dans les laboratoires, les salles de classe et les entreprises à travers toute l’Amérique, nos plus grands esprits travaillent avec ardeur en étant à la poursuite de la prochaine grande idée, afin d’assurer de nouvelles percées qui pourraient révolutionner nos vies. Mais l'histoire nous dit qu'ils ne peuvent pas le faire seuls. Que ce soit de l'atterrissage sur la lune, du séquençage du génome humain, jusqu’à l’invention d'Internet, l’Amérique a été la première à franchir chaque nouvelle frontière parce que nous avons eu des dirigeants qui ont pavé le chemin : des dirigeants comme le Président Kennedy, qui nous a inspiré afin que nous repoussions les frontières du monde connu  pour atteindre l'impossible ; des dirigeants qui ont investi non seulement dans nos scientifiques, mais qui ont respecté l'intégrité du processus scientifique.

 

Parce qu'à la vérité  promouvoir la science ce n’est pas seulement lui fournir des ressources – c’est aussi assurer une recherche libre et ouverte. C'est de pouvoir garantir que les faits et les preuves ne seront jamais tordus ou obscurcis par la politique ou l'idéologie. C'est d'écouter ce que nos scientifiques ont à dire, même quand c'est inopportun—surtout quand c'est inopportun. Parce que la plus haute finalité de la science c’est la recherche de la connaissance, de la vérité et d’une plus grande compréhension du monde qui nous entoure."


(Credits Depauw) 



"Right now, in labs, classrooms and companies across America, our leading minds are hard at work chasing the next big idea, on the cusp of breakthroughs that could revolutionize our lives. But history tells us that they cannot do it alone. From landing on the moon, to sequencing the human genome, to inventing the Internet, America has been the first to cross that new frontier because we had leaders who paved the way : leaders like President Kennedy, who inspired us to push the boundaries of the known world and achieve the impossible ; leaders who not only invested in our scientists, but who respected the integrity of the scientific process.

Because the truth is that promoting science isn’t just about providing resources—it’s about protecting free and open inquiry. It’s about ensuring that facts and evidence are never twisted or obscured by politics or ideology. It’s about listening to what our scientists have to say, even when it’s inconvenient—especially when it’s inconvenient. Because the highest purpose of science is the search for knowledge, truth and a greater understanding of the world around us."



Le texte de cette intervention peut être trouvé en CLIQUANT ICI



Par Alain ANSELMET
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Lundi 16 février 2009

Lettre des directeurs de 22 laboratoires de l’IN2P3, Institut National de Physique Nucléaire et de Physique des particules du CNRS (10 février 2009)


Monsieur le Président de la République,


Nous, directeurs de 22 laboratoires de l’IN2P3, Institut National de Physique Nucléaire et de Physique des particules du CNRS, avons été profondément blessés et scandalisés par les propos que vous avez tenus lors de votre discours du 22 Janvier.


Nous pensons d’abord aux 850 chercheurs et enseignants chercheurs et 1400 ingénieurs et techniciens de cet institut qui travaillent au sein de ses 19 unités mixtes de recherche CNRS- Universités et/ou grandes écoles, ou de ses 5 unités propres ou mixtes de service du CNRS avec une compétence et un dévouement remarquables pour réaliser de grands projets scientifiques qui défient l’imagination. Quel contraste entre vos propos dégradants et le caractère exceptionnel de leurs réalisations, comme les contributions françaises au programme LHC du CERN dont toute la communauté internationale reconnaît qu’elles n’ont rien à envier à celles de nos collègues étrangers, fussent-ils britanniques. D’autres exemples ne manquent pas, comme la construction de SPIRAL2 au GANIL qui met la France au tout premier plan de la recherche mondiale en physique nucléaire, des projets spatiaux comme les équipements embarqués sur les satellites FERMI-GLAST ou PLANCK, l’observatoire sous marin ANTARES ou encore le traitement de cancers par hadron thérapie, directement issu de la technologie mise en oeuvre dans notre discipline.


Tous nos projets sont internationaux et c’est tous les jours que l’évaluation de nos mérites se fait au sein de ces grands projets où collaboration rime toujours avec compétition. Ces projets font également l’objet d’examens très sélectifs dans les grands laboratoires internationaux où ils sont installés et mis en oeuvre.


Aussi, votre affirmation que nous serions hostiles à toute forme d’évaluation est non seulement injurieuse mais totalement infondée. Nous tenons à vous rappeler que notre métier est par essence évalué en permanence : par nos communications scientifiques (publications dans des revues internationales, communications à des congrès …), par les demandes de contrats de recherche nationaux ou internationaux et ensuite par le Comité National de la Recherche Scientifique ainsi que maintenant par l’AERES dont les membres sont issus de l’ensemble de la communauté scientifique française. Est–il nécessaire de vous rappeler que l’évaluation par les pairs de façon collégiale est pratiquée dans tous les pays ayant une recherche de dimension internationale ?


Vous considérez que les récompenses prestigieuses attribuées à des chercheurs cachent une recherche pratiquée par une majorité de médiocres et de fainéants. Quel est donc ce mépris pour toute une profession ? Il faut rappeler que l’émergence de résultats exceptionnels est le fruit du travail quotidien et à long terme de l’ensemble des acteurs de la recherche : les chercheurs, enseignants-chercheurs, doctorants ou post-doctorants mais aussi tout particulièrement les ingénieurs, techniciens et administratifs qui jouent un rôle essentiel dans l’élaboration, la mise en place et l’exploitation de projets qui permettent d’y aboutir.


Il est vraiment regrettable de constater que le gouvernement engage des réformes de fond en s’appuyant sur une analyse erronée de la situation de la recherche publique française et qu’il se contente de désigner des boucs émissaires. Nos projets ont une durée de vie parfois supérieure à 25 ans, une durée très longue comparée à celle de la vie politique. Ainsi, le LHC depuis sa conception en 1984, a vu passer 3 présidents de la République, 11 premiers ministres et plus de 20 ministres de la recherche. C’est donc bien plus de continuité dans l’effort public de recherche dont la science française a besoin que de changements brusques et intempestifs.


Nous sommes profondément attachés aux missions essentielles du CNRS, faire progresser le champ des connaissances dans toutes les disciplines, valoriser et diffuser les avancées scientifiques et techniques, contribuer à la formation par la recherche. Ce rôle central du CNRS nous paraît l’indispensable complément de la montée en puissance des Universités que nous soutenons. La transformation du CNRS en simples agences de moyens n’est pas compatible avec ces missions. Les réflexions menées au sein de notre communauté ont permis de dégager les propositions de changement qui nous apparaissent nécessaires. Il est dommage pour l’avenir de la recherche en France que vous restiez indifférent à toutes ces propositions.


Nous vous prions d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de notre très haute considération.


Les directeurs de laboratoires de l’IN2P3 :


* Alain Baldit (LPC, Clermont-Ferrand), * Pierre Binétruy (APC, Paris), * Dominique Boutigny (CC_IN2P3, Lyon), * Jean-Claude Brient (LLR, Palaiseau), * Phippe Brion (ULISSE, Annecy), * Yves Charon (IMNC, Orsay), - * Gabriel Chardin (CSNSM, Orsay), * Alain Falvard (LPTMA, Montpellier), * Raffaele Flaminio(LMA, Lyon), * Dominique Guillemaud-Mueller (IPN, Orsay), * Bernard Haas (CENBG, Bordeaux), * Renaud Huynh (Musée Curie, Paris), * Bernard Ille(IPNL, Lyon), * Eric Kajfasz( CPPM, Marseille), * Yannis Karyotakis (LAPP, Annecy), * Serge Kox (LPSC, Grenoble), * Didier Lacour (LPNHE, Paris), * Denis Linglin (MIND, Archamps), * Jacques Martino (SUBATECH, Nantes), - * Fabrice Piquemal(LSM, Modane), * Jean-Claude Steckmeyer (LPC, Caen), * Guy Wormser (LAL, Orsay)

Par Alain ANSELMET
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Samedi 31 janvier 2009
Quelle est la perception du scientifique auprès du grand public ?

Ainsi que le faisait remarquer Jennifer ROHN, biologiste cellulaire à l'University College London et écrivain,  ceux qui  exercent un métier scientifique dans notre société occidentale, chercheurs, ingénieurs et techniciens, sont  nombreux (1,3 million de personnes  pour le Royaume Uni en 2006) et leur contribution  au développement de la société et au bien-être de chacun  est d'une importance majeure: "nous vivons plus longtemps, nous bénéficions de nouveaux vaccins et des progrès de la médecine, nous  disposons d'une multitude (d'équipements et ) de gadgets qui rendent notre vie plus agréable".

Il arrive parfois qu'un scientifique intervienne sur un plateau de télévision, par exemple pour commenter un fait d'actualité ou débattre avec d'autres intervenants. Dans ces occasions, le public peut se rendre compte, que le scientifique ressemble tout à fait à un citoyen ordinaire. Cependant, si l'on réalise une enquête auprès d'un public composé de non-scientifiques, en lui demandant la première idée qu'il se fait d'un scientifique, les images seront le plus souvent ou bien "idéalisées" - Albert EINSTEIN-, ou caricaturales - un cinglé binoclard en blouse blanche, un créateur de monstre, un barbu entre deux-âges vêtu d'un chandail - .  Il y a également de fortes probabilités que la description du scientifique soit celle d'un individu de sexe masculin.

Depuis de longues années, il y a, aussi bien au cinéma que dans des séries télévisées à succés, de nouvelles images de scientifiques qui auraient pu s'ancrer fortement dans l'imaginaire. Dans la majorité de ces séries télévisées, si les scientifiques hommes nous semblent le plus souvent sympathiques, les scientifiques femmes quant à elles pourraient concourir dans les défilés de mode.









Sans doute, grâce à cela, les scientifiques sont-ils mieux perçus - image globale relativement sympathique - tout comme ils sont plus clairement identifés au milieu d'une équipe d'acteurs dans les séries de fiction. Il reste cependant de nombreux progrès à réaliser avant d'obtenir une image totalement valorisante du scientifique.
 
Jennifer ROHN avance deux hypothèses:

- les scientifiques sont "invisibles", ils ne sont pas réellement perçus par le reste de la population. Lorsque les non-scientifiques pensent aux scientifiques en tant que groupe d'individus, leur propre expérience scolaire, les difficultés qu'ils ont pu rencontrer pour comprendre les matières scientifiques, voire la haine qu'ils auraient pu ressentir pour ces disciplines scolaires, tout cela viendrait brouiller leur champ de vision;

- tout au long de l'histoire, et Jennifer ROHN de citer Aristophane, une grande partie de l'humanité a cru qu'il y avait une sorte de danger à vouloir trop connaître ou à essayer d'acquérir des connaissances "interdites" réservées aux dieux. La Bible ne rapporte pas autre chose avec la chute de l'homme et son départ du Jardin d'Eden. Prométhée reste trop longtemps attaché à son rocher, Icare tombe au milieu de son ascension, l'alchimiste pactise avec des forces obscures, tandis que le savant fou nous promet l'holocauste...

Il est commun de penser que l'utilisation des bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki n'a pas encouragé une vision optimiste des choses.

Il y a peut-être eu aussi une dilution de l'image du scientifique tout au long du vingtième siècle,  lorsque notre société, pour se développer, a eu besoin d'un très grand nombre de scientifiques dans presque toutes les disciplines.

Alors que la rareté mettait les individus en valeur, la profusion a paradoxalement banalisé les acteurs de la science.
Tant que l'on a placé le scientifique en haut des cimes jusque dans le début du vingtième siècle, dans un espace-temps qui ne semblait appartenir qu'à quelques rares élus, les sentiments de l'opinion à son égard pouvaient être très forts: admiration et espoir, comme rejet et crainte.
Lorsque les scientifiques sont devenus des éléments de l'économie de marché - l'économie "de la connaissance" d'après la Stratégie de Lisbonne - et que les métiers ont été segmentés: techniciens, ingénieurs ou chercheurs, les scientifiques sont devenus comparables à l'ensemble de leurs concitoyens. A cette mesure là, les non-scientifiques se sont rendu compte que la quasi majorité des scientifiques appartenait
au mieux, sauf fortune familiale personnelle, à la classe moyenne.

Il n'y a toujours pas de scientifique dans le Top 50 des personnalités préférées des français.
 
Est-ce un problème de communication des acteurs de la science vis-à-vis du public, ou de la communication de leurs institutions et des média réalisée autour d'eux?

Les non-scientifiques, et les scientifiques, préféreraient-ils ceux qui les amusent ou les distraient, acteurs,chanteurs, sportifs de haut niveau et aventuriers lancés à la conquête du monde?

Un simple problème d'image ?

Par Alain ANSELMET
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Mercredi 3 décembre 2008

Labellisée comme « événement lié à la Présidence française de l’Union Européenne » la Fête de la Science 2008 s’est déroulée un peu plus tardivement que les années précédentes, dans le courant de la troisième semaine de novembre. En Ile-de-France la météo nous a réservé un ciel couvert, un peu de pluie, des températures relativement fraîches et parfois un peu de soleil et de ciel bleu. Ce soleil je l’ai retrouvé en sortant du Musée de l’Homme qui accueillait des enfants sur son stand atelier « taille de silex » et sur quelques autres stands. Le soleil était présent sur l’esplanade, certes, mais il était accompagné d’un vent fort qui ne décourageait pourtant pas les touristes en quête de photos souvenirs de la principale attraction parisienne, véritable prouesse technologique témoin d’une exposition plus ancienne.

 

La grande banlieue se montrait plus discrète, parfois on apercevait un calicot « Fête de la science » mais le plus souvent se voyait un calicot de la collectivité orné d’un petit logo signalant que son forum ou son exposition avait bien été labellisé.

 

Les enfants qui se sont déplacés par classe entière vers les laboratoires universitaires et autres lieux festifs ont bien aimé l’affiche bleue de la Fête de la science en Ile-de-France, «celle avec la souris »  comme me l’a annoncé fièrement l’une des chevilles ouvrières de l’opération sur l’Université Pierre et Marie Curie.

 


Graphisme: Elsa GODET


Les doctorants étaient souvent en première ligne pour accueillir les visiteurs et leur parler des travaux en cours. Certains laboratoires et Instituts, qui participent à la Fête de la science depuis plusieurs années, proposent des programmes fort bien structurés et animés.

 

Les collectivités locales qui n’ont pas la chance d’avoir un centre de recherche public ou privé sur leur territoire sont le plus souvent tentées d’acheter des prestations à des associations dont la vocation est la médiation culturelle scientifique. Certains territoires sont plus propices que d’autres aux manifestations théâtrales autour de la science ou encore aux bars des sciences.

 

Les grands musées scientifiques nationaux présents à Paris ouvrent leurs portes et adaptent leur programmation pour l’occasion, y compris pour « le petit nouveau », le musée du Quai de Branly qui offrait ateliers pour les scolaires et conférences pour un public plus large.

 

Cette année, j’ai eu un peu froid en discutant sur le stand « cyanobactéries » situé dans un hall de bâtiment aux Grands Moulins (Université Denis Diderot – Paris 7), hall largement ouvert aux quatre vents dans une atmosphère très humide. J’ai apprécié la démonstration expérimentale, pourtant très élémentaire, et les explications détaillées et enthousiastes de cette jeune chercheuse au parcours universitaire complexe.

 

Evénement exceptionnel, cette année l’Institut Pasteur ouvrait ses portes à l’occasion de son 120e anniversaire. C’était tout à fait remarquable quant à l’organisation et le public était au rendez-vous. J’ai suivi un groupe dans le bâtiment « génopole» : accueil par des doctorants, présentation de quelques fondamentaux et du déroulement de la visite entre les différents étages et services. Le groupe a été pris par la main et n’a jamais été abandonné. Techniciens, ingénieurs ou chercheurs l’attendaient, et pour les enfants présents dans le groupe il y avait une prise en charge spécifique. Preuve du succès de l’opération, il fallut attendre au moins deux fois que le groupe précédent laisse la place.

Au tout début de cette visite en territoire pasteurien j’avoue avoir eu un petit moment d’amusement. Ce fut lorsque le doctorant qui nous accueillait s’est vu dans l’obligation de répondre à des questions particulièrement saugrenues de la part de certains visiteurs… J’ai du faire quelque effort pour ne pas essayer de répondre à sa place. Après tout j’étais là moi aussi pour l’expérimentation. Ma grande question : «comment diffuser la culture scientifique auprès du public le plus large ?».

 

 

 

Graphisme: Elsa GODET

 


Par Alain ANSELMET
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Lundi 7 juillet 2008

Le 25 juin 2008 quelques sénateurs ont proposé la légalisation de la "gestation pour autrui". En clair, il s'agit d'autoriser, en l'encadrant par la loi, la fonction de "mère porteuse". Nous serions ainsi au même niveau que nos voisins anglo-saxons déclarent les sénateurs.

Le débat public est ouvert.

Tom ROUD, sceptique, a lancé le débat le 28 juin sur son blog en écrivant un billet: Mère porteuse: votre avis? dont je vous recommande la lecture, ainsi que celle des réactions attachées au billet.


Il y a, parmi les personnalités consultées par les sénateurs, celles qui sont favorables à cette légalisation, comme Elisabeth BADINTER, pour qui "L'instinct maternel n'existe pas", et celles qui, à la manière de Sylviane AGACINSKI, pensent qu'il y a une dérive et que "L'enfant devient une marchandise". Deux interviews réalisées par Charlotte ROTMAN que l'on retrouve dans le journal Libération du 26 juin 2008.


Le sujet n'est pas simple, Tom ROUD s'est appuyé sur l'ouvrage de Jacques TESTART: "L'oeuf transparent" pour enrichir le débat sur les "mères porteuses", et celui-ci est loin d'être clos.


Un des arguments forts de ceux et celles qui ne voient pas d'un bon oeil notre alignement sur ce qui se passe aux Etats-Unis ou en Grande-Bretagne, c'est la "juste compensation" qui serait attribuée à celle qui accepterait la "gestation pour autrui". Compensation assimilée à une rémunération de facto par Sylviane AGACINSKI qui déclare: "Or, s’il ne s’agit pas d’un don, par définition exceptionnel, la gestation autorisée sera forcément rémunérée, faisant du ventre des femmes un instrument de production et de l’enfant lui-même une marchandise."


A quoi Elisabeth BADINTER répond: "L’exemple américain peut nous amener à penser qu’il s’agit là d’une mercantilisation inappropriée du corps de la femme. Mais je pense qu’on peut y mettre des barrières. En fait, cela rend une loi et un encadrement encore plus nécessaires."

 


Virgin Mother par Damien HIRST, Plaza of Lever House, New York City.

Crédits: David SHANKBONE

 


Du livre de Jacques TESTART, Tom ROUD tire les réflexions suivantes:"En rendant les choses possibles, dans le même mouvement, la science les rend acceptables. Du coup, les lignes jaunes ne cessent de reculer... Ensuite, la ligne jaune franchie, il est nécessaire d'en tracer de nouvelles."


Personnellement, je pense que nous avons une très grande chance dans le fait de vivre dans une société où il est possible de débattre au grand jour de questions aussi importantes quant à notre avenir et au monde dans lequel nous souhaitons vivre. Si j'avais une inquiétude, ce serait que le débat démocratique ne tourne court avant que toutes les facettes de la question ne soient traitées, que l'on privilégie un peu trop vite l'harmonisation européenne des législations par rapport au débat de fond.


Pour les amateurs de science-fiction, je voudrais bien conseiller pour l'été la lecture - ou la relecture - du cycle de DUNE de Frank HERBERT, et plus particulièrement, celle de LES HERETIQUES DE DUNE:

- "Comment sont les femmes tleilaxu? demanda Miles...

- Personne, en dehors de leurs planètes, n'a jamais vu de femelle tleilaxu, répondit-elle.

- Est-ce qu'elles existent, ou bien n'y-a-t-il que les cuves?

- Elles existent."

 

Ensuite la question sera de trancher entre Clone ou Ghola. Une descendance à partir de cellules prélevées sur un vivant ou sur un mort. Bonne lecture et bonne réflexion estivale.

Par Alain ANSELMET
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Samedi 31 mai 2008

Les filles s’engagent moins souvent que les garçons dans les études scientifiques et leur carrière évolue moins favorablement. En France elles sont présentes à plus de 55% à l’Université, mais seulement à 27% dans les écoles d’ingénieurs.

Un récent état des lieux, établi par le bureau des études statistiques sur la Recherche et Développement  du ministère de l’Education Nationale, fait apparaître que la France comptait, en 2005, 138 000 femmes en activité dans la Recherche et Développement, dont 76 000 chercheurs ce qui correspond à 28% des effectifs globaux.

Il y a des particularités françaises liées à notre système d’éducation, suivre une filière scientifique au lycée et préparer un bac S ne préjuge en rien des orientations ultérieures en matière d’études et de carrière, comme le rappelait Claudine HERMANN (voir note 1) dans un entretien.

Mais ce constat, sur la proportion de femmes engagées dans des carrières scientifiques, est transposable, à quelques nuances près, à l’ensemble des grands pays du monde occidental (voir note 2). 

Il y a le poids de l’histoire sur la condition féminine, celui de l’évolution des cultures et des mentalités.

Ainsi l'accès à certaines grandes écoles est plutôt récent.

Dans le journal Le Monde du 3 août 1972 on peut lire :

 « Pour la première fois cette année – et sur intervention de M. Debré, Ministre d’Etat chargé de la défense nationale -, des jeunes filles pouvaient se présenter au concours d’entrée de Polytechnique. Ce coup d’essai aura été un coup de maître, le Major… est Melle Anne CHOPINET. Le Major des élèves étranger est aussi une jeune fille : Melle Ta Thu-Thuy. »


Anne CHOPINET devant l'Ecole Polytechnique en 1973

 

Aujourd’hui l’Ecole Polytechnique (X) accueille 16% de jeunes filles, tandis que l’Ecole Centrale de Paris en reçoit 19% et l’ UTC - Université de Technologie de Compiègne 30%. 

Comme l’annonce la plaquette réalisée en 2007 par l’X et l’association Femmes et Sciences :

« Les femmes ont quelque chose à apporter à la science et en sont fières.

Quoi qu’elles en pensent, les filles sont aussi bonnes en sciences que les garçons : au bac S des mentions sont attribuées à 49% des filles et 42% des garçons. »

 

 

De fait les carrières scientifiques des femmes, chercheurs, ingénieurs ou techniciennes, sont très inégalement réparties entre Recherche Académique et Recherche Industrielle.

Les femmes sont plus nombreuses (facteur x2) à l’Université ou dans les organismes de recherche (EPST, EPIC) que dans l’Industrie. Et la répartition est, elle aussi, très inégale suivant les disciplines, les femmes étant davantage présentes dans le secteur des Sciences du Vivant  qu’en Physique ou en Chimie.

Un rapport réalisé à la suite d’une conférence aux Etats-Unis en 1994 sur la thématique « Femmes scientifiques et ingénieurs employées dans l’industrie » était sous-titré de manière très significative « Pourquoi si peu ? ».

 

Women Scientists and Engineers Employed in Industry

Why So Few?

A Report Based on a Conference

Ad hoc Panel on Industry

Committee on Women in Science and Engineering

Office of Scientific and Engineering Personnel

National Research Council

NATIONAL ACADEMY PRESS
Washington, D.C.
1994


Comme le rappelle le Conseil de l’Europe dans ses conclusions du 19 avril 2005: 

« L'excellence scientifique peut être améliorée en promouvant le respect du genre et l'impartialité ; les procédures d'évaluation et sélection doivent être transparentes et libres de discrimination liée au sexe. L'Europe a besoin de politiques fortes  et coordonnées pour améliorer la participation à égalité des femmes et surtout leur permettre l’accès aux positions hiérarchiques, là où s’effectuent les prises de décision. Les conditions de travail et les cultures dans l'université de même que dans l'industrie doivent évoluer vers un environnement permettant aux femmes de développer leur potentiel… »

 

En forme de conclusion, on peut dire qu'aujourd'hui il devient de plus en plus évident que l’avenir de la recherche en Europe passera par un engagement plus important des femmes dans les carrières scientifiques, d’où les appels et efforts des responsables politiques aidés et relayés par des associations de femmes diplômées, ingénieurs et chercheurs.

 


Note 1 : Claudine Hermann, Professeur de physique émérite à l’Ecole Polytechnique et ancienne Présidente de l’association Femmes et Sciences, article X-passion sur le site de l’Ecole Polytechnique (voir l'article)

Note 2 : voir les Indicateurs et Eléments de statistiques, ainsi que les questions sans réponse sur "Pourquoi si peu nombreuses?", sur le site de la Commission Européenne.

 


Liens externes en rapport avec cet article:

- La Société Française de Physique -
Rubrique Commissions et Débats - SFP-Femmes
- Le site de l'association  "Elles en sciences"
- Le site de l'association
"Femmes et Sciences"
- Le site de l'association
"Femmes et Mathématiques"
- Ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche
la Mission Parité
-
Etudes statistiques - Les Femmes dans la  Recherche
- Le site de la Commission Européenne -
Les Femmes et la Science - statistiques et indicateurs (site en anglais)

Article en lien sur ce blog (Etudes scientifiques et débouchés):
Par Alain ANSELMET
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Jeudi 24 janvier 2008

Le titre de cet article est celui du compte rendu réalisé par la revue de l’Institut Max Planck (Max Planck News) du premier Forum Carl Friedrich von Weizsäcker qui a eu lieu à la fin du mois de septembre 2007 à  l’université de Hambourg. Une traduction littérale depuis la langue d’origine serait plutôt un pluriel « la responsabilité des sciences » (Verantwortung der Wissenschaften). Dans tous les cas il semble y avoir un paradoxe, puisqu’il est plus naturel au premier abord d’attribuer une responsabilité à des individus, les scientifiques, plutôt qu'à la Science, fut-elle avec majuscule.


Au-dessus  du titre choc « The responsibility of Science » on peut voir une image représentant deux mains ouvertes soutenant la planète Terre avec  pour commentaire : « Responsibility for the world must also be in the hands of scientists. » ce qui nous ramène à une attribution plus courante des responsabilités.

 

Crédits: Oregon Health and Science University

 

L’auteur déclare : « Si l’on veut attribuer une responsabilité aux sciences, il faut sous-entendre que ceux qui sont impliqués dans des activités de recherche doivent agir de manière responsable ».


Voilà sans doute un raccourci habile destiné aux philosophes, à ceux qui ont l’habitude de triturer les déclarations et les idées pour voir ce qu’il en reste après analyse et réflexion. Ce type de phrase me fait songer à quelque sophisme et j’imagine,  avec une certaine délectation,  le «fils de la sage femme » utilisant la maïeutique pour pousser le sophiste dans ses retranchements.
 

De fait le forum a tourné autour de la personnalité de Carl Friedrich von Weizsäcker, physicien impliqué, au cours de la Seconde guerre mondiale, dans le programme allemand de mise au point de l’arme atomique. A la fin de la guerre et après mise en cause par les vainqueurs, lot commun pour tous les physiciens allemands, Weizsäcker a poursuivi ses travaux en Allemagne. Il y a occupé les plus hautes fonctions. Physicien engagé et philosophe, ami de Martin Buber, il a œuvré pour la paix tout le reste de sa vie. Il est mort le 28 avril 2007 à l’âge de 94 ans. Il était le frère aîné de Richard von Weizsäcker maire de Berlin de 1981à 1984 puis Président de la République Fédérale Allemande de 1984 à 1994.

On doit à Carl Friedrich von Weizsäcker un manifeste signé par 18 physiciens nucléaires en 1957 connu sous le nom de Déclaration de Göttingen qui a eu un très grand écho auprès du public et, surtout, des politiciens en Allemagne. La déclaration de Göttingen en 1957, en pleine Guerre Froide, appelait au désarmement nucléaire et prônait l’utilisation pacifique de l’énergie nucléaire. A cette époque il n’était pas encore habituel pour les scientifiques de s’impliquer eux-mêmes dans la politique et c’est sans doute pour cela que le public a accordé une telle autorité à la déclaration des scientifiques.

De nos jours, les politiciens ont toujours besoin de l'expertise des scientifiques qui leur permet de prendre des décisions en fonction des différents scénarios possibles. Les scientifiques ont la responsabilité de mettre en valeur leurs découvertes. Il y a également une nécessité à assurer la transversalité des disciplines. La physique, la biologie mais aussi les sciences humaines sont mises à contribution. Un exemple concret et direct donné lors du forum a été que, sans la mise en évidence de l’effet de serre et de la détérioration de la couche d’ozone sous l’effet de l’activité humaine, il n’y aurait jamais eu de Protocole de Kyoto.


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AURORA  - Credits:  ESA - AOES Medialab


Aujourd’hui l’humanité doit faire face à de nouveaux dangers qui viennent d’être identifiés par les scientifiques. Aux risques liés à l’utilisation de l’énergie nucléaire viennent s’ajouter la perte de la biodiversité ou les effets sur le changement climatique, risques pouvant être attribués à notre mode de vie.

« Il est donc important que les nouvelles générations de scientifiques soient sensibilisés sur la responsabilité qui leur incombe », telle pourrait être la conclusion de ce premier Forum Carl Friedrich von Weizsäcker.

Cette phrase fait écho à ce qui a été dit et écrit tout au long de notre histoire depuis plusieurs milliers d’années. Plus le savoir et l’autorité augmente, plus la responsabilité envers les autres s’accroît. Ce que l’Ecclésiaste, en son temps, traduisait par « Celui qui accroît son savoir, accroît aussi sa douleur ».
 

En fait, il semble que la prise de conscience des scientifiques a déjà eu lieu depuis longtemps et pas seulement depuis le prix Nobel de la Paix attribué au chimiste Linus Pauling, déjà lauréat du Prix Nobel de Chimie, ou encore des Déclarations de Mainau de 1955 et 1956 signées par 51 prix Nobel.

L'état d'esprit des scientifiques est donné par un sondage récent réalisé par le Cevipof (Centre de recherches politiques IEP/ CNRS) auprès de 2075 chercheurs et présenté par Daniel Boy lors du premier colloque ‘’Sciences et société en mutation’’ du CNRS en 2006.
Les réponses obrenues lors de cette enquête 
montrent que si les chercheurs découvrent que leur recherche pourrait poser des problèmes éthiques, moraux ou politiques, à 90% (des sondés) ils déclarent qu'ils en parleraient à leurs collègues avant de prendre une décision. Ensuite qu'ils saisiraient un comité d'éthique (85% des réponses). En dernier qu'ils penseraient à  alerter les médias (22%).
 

Les relations Science et Société sont au cœur du Programme cadre européen sur la recherche et y apparaissent comme un programme à part entière doté sur l’exercice 2007-2012 d’un budget de plusieurs dizaines de millions d’euros.
 

La responsabilité des scientifiques, si ce n’est la « responsabilité des sciences », a été également illustrée récemment par la déclaration de l’académicienne Magdalena FIKUS devant ses collègues de l’Académie des sciences de Pologne à propos du Festival des sciences :
 

« Science cannot develop if society is unable to grasp its objectives, methodology and output. Taxpayers deserve to be informed about why it is worth spending money on science, as without scientific advancement there can be no modern society. Without two-way communication people will be afraid of genetically modified tomatoes and of atomic energy, they will ignore the warnings and recommendations of ecologists. They will fear and reject new advances – in short they will simply act like ignorant people. And in Europe, a menial job is that awaits an ignorant person.” (Magdalena FIKUS – 2007, in “A festival against ignorance” -  Polish Academy of Sciences)

 

« La science ne peut pas se développer si la société est incapable de saisir ses objectifs, sa méthodologie et sa production. Les contribuables méritent d’être informés (afin de comprendre) pourquoi il est utile de dépenser de l'argent pour la science, et de se rendre compte que sans les avancées scientifiques il ne peut  y avoir de société moderne. Sans le dialogue les gens auront peur des tomates génétiquement modifiées et de l’énergie atomique, ils négligeront les avertissements et les recommandations des écologistes. Ils craindront et rejetteront les nouvelles avancées – en bref  ils agiront simplement comme les gens ignorants. Et en Europe, ce qui attend une personne ignorante c’est un travail répétitif et  peu motivant. »


Par Alain ANSELMET
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Mardi 16 octobre 2007

Depuis quelques années, enseignants, éducateurs et politiques dressent l’amer constat d’un certain désamour ou, à tout le moins, d’une certaine désaffection pour les études scientifiques.

Les amphithéâtres des facultés des sciences sont devenus trop grands, tandis que la place venait à manquer pour d’autres disciplines.

Les analyses et préconisations pour y remédier se sont multipliées. La crise est mondiale. Tous les pays de l’OCDE ont suivi la même pente pendant quelques années. Certains ont, semble-t-il, enrayé la chute des effectifs et assisté à un léger frémissement en sens inverse.


Un rapport récent (2006) commandité par la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP) du Ministère de l’Education Nationale  et réalisé par le LIRHE (Université de Toulouse) et le CEREQ sous la direction de Catherine BEDUWE  - « Les filières scientifiques et l’emploi » -  offre des pistes nouvelles en recadrant les études universitaires en sciences et l’emploi, en sortie d'étude, des diplômés.


Le constat, au fil des 230 pages,est que la pénurie est réelle pour toutes les filières de sciences fondamentales.


 

 

 

amphi - crédits AA


Les sciences appliquées, jusqu’à présent, tirent leur épingle du jeu

La première année en faculté des sciences est celle où s’observe la plus forte désaffection.

En second cycle, les effectifs remontent grâce à l’apport des étudiants étrangers.

En troisième cycle, il y a baisse des effectifs pour les sciences fondamentales, tandis que les ingénieurs issus des Grandes Ecoles viennent poursuivre des études de troisième cycle en sciences appliquées.

C’est l’emploi, les salaires d’embauche et les perspectives de carrière qui semblent être la première cause du désamour.


L’analyse va toutefois plus loin. C’est l’ensemble du système scolaire qu’il conviendrait de réaménager, en commençant par le primaire où la première tâche consisterait à rassurer les quelques 80% des enseignants (de formation littéraire) sur leur capacité personnelle à parler de science, à parler de matières pour lesquelles ils ont été contre sélectionnés.


Par Alain ANSELMET
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