Jeudi 27 mai 2010 4 27 /05 /Mai /2010 23:57

Etait-il vraiment blond ou rouquin, à la peau blanche et laiteuse cet enfant revenu du fond des âges par la magie conjuguée de la science, de la technique et de l'art ?

 

Neanderthal_child.jpg

 

Enfant de Neandertal- Devil's Tower, Gibraltar2

Reconstitution par Elisabeth DAYNES

 

Il reste de lui quelques fragments osseux retrouvés en 1926 à Gibraltar  par une jeune archéologue britannique de 34 ans, Dorothy GARROD, qui publiera sa découverte deux ans plus tard.


Les méthodes modernes de reconstitution 3D  du squelette crânien à partir des cinq fragments disponibles par l'équipe de Christoph P.E. ZOLLIKOFER à l'Institut d'Anthropologie de l'Université de Zurich, combinées aux  premiers résultats du séquençage de l'ADN de Neandertal vont permettre cette reconstitution d'un enfant "terriblement humain" par la paléo artiste Elisabeth DAYNES.

 

Pour sa couleur de peau, il a été dit non seulement qu'elle était vraisemblable, mais aussi qu'elle présentait un avantage certain en permettant à Neandertal de mobiliser plus efficacement la vitamine D sous un ciel européen moins ensoleillé que celui d'Afrique. Quant à ses cheveux quelques éléments génétiques montrent qu'ils pouvaient bien aussi être roux, pas forcément de façon exclusive, mais que la possibilité existait.

 

Certains chercheurs ont pu préciser son âge au moment de sa mort en étudiant le développement dentaire et se sont émerveillés de la remarquable rapidité du développement cérébral corrélée à la vitesse de la croissance du tissu osseux de la boîte crânienne chez Neandertal (DEAN, MC et al. 1986). D'autres, cependant, conseillaient la prudence en évitant les conclusions trop hâtives sur la rapidité présumée de la croissance chez Neandertal (TILLIER, A.M.1988).

 

Notre enfant Neandertal de la Tour du Diable était un garçonnet de 3 ans.

 

Mais son aspect "terriblement humain" ne cesse d'interpeller.

 

Une explication plausible est liée au fait que nous avons affaire avec un très jeune garçon et qu'il ne saurait nous donner une image de Neandertal adulte qui, lui, possède des caractéristiques morphologiques bien différentes de notre ancêtre Cro-magnon. C'est d'ailleurs grâce à ces différences anatomiques qu'il a pu être identifié en 1856 et nommé d'après le lieu de sa découverte, une petite vallée près de Düsseldorf.


 Quant à l'autre hypothèse en forme de question, qui fait comme un écho à la disparition mystèrieuse de Neandertal voici 28 000 ans, après plusieurs milliers d'années de co-habitation avec notre ancêtre Cro-Magnon: cet enfant serait-il le fruit d'un accouplement entre les deux sous-espèces?

Cette question, formulée ainsi,  n'est pas vraiment neutre. Car la reproduction est possible au sein de la même espèce, et tout à fait impossible entre deux espèces différentes.

 

Les résultats du séquençage du génome de Neandertal obtenus par Richard GREEN et Svante PÄÄBO avec l'aide de nombreux autres chercheurs qui viennent d'être publiés le 7 mai 2010 dans la revue SCIENCE montrent qu'il y a bien eu reproduction croisée entre Néandertal et Cro-Magnon et qu'il est possible d'en retrouver des traces dans notre génome  ( Richard E. GREEN, 2010).

 

Ces résultats, d'un intérêt extraordinaire, sont abondamment commentés sur la toile, dans les revues et sur les blogs. L'article paru dans la revue SCIENCE  apporte de nouveaux éléments, de nouveaux éclairages, mais remet aussi quelques dogmes en question. Si la question de l'interfécondité entre les deux sous-espèces semble désormais acquise, l'hypothèse d'une migration hors d'Afrique de notre ancêtre sans aucune interférence avec Neandertal doit être révisée. En clair le schéma migratoire n'est pas remis en cause mais s'enrichit d'interactions nouvelles.

 

Quant à notre enfant Neandertal de la Tour du Diable (Gibraltar) le mystère de son origine reste entier. Mais les hypothèses les plus folles concernant son origine familiale ne semblent plus tout à coup aussi invraisemblables!

 

 


 

Articles en lien sur ce blog:

 

- La longue marche de l'homme: Les Migrations d'Homo sapiens


- Etude et manipulation de rétrovirus endogènes humains: La mémoire des origines. Des rétrovirus enfouis dans le génome humain    ou comment en apprendre beaucoup sur les maladies aujourd'hui disparues dont souffraient nos très lointains ancêtres.
 
- Le génome humain - Human Genome Project: Le patrimoine de l'humanité. Le génome humain et les droits de l'homme.

 

- Séquençage du génome humain: Des génomes humains séquencés par milliers

Par Alain ANSELMET - Publié dans : Anthropologie biologique, Archéologie
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Commentaires

Même en survolant l'article de Green, on peut se rendre compte de l'exploit technique qu'il a fallu accomplir pour obtenir la séquence génomique à partir d'artefacts aussi anciens. Pour moi c'est aussi spectaculaire que le dernier exploit de Craig Venter.
Commentaire n°1 posté par Florian le 05/06/2010 à 14h06
Oui et nous avons presque du mal à considérer ces avancées comme des exploits. C'est tout juste si nous n'allons pas dire aux auteurs qu'ils nous avaient promis ces résultats pour la fin de l'année 2009 et que nous avons dû ronger notre frein. (It's a joke, of course!)
Commentaire n°2 posté par Alain Anselmet le 06/06/2010 à 00h54
Il y a donc du Neanderthal en nous. S'ils avaient survécu, serions-nous aujourd'hui distinguables entre sapiens sapiens et sapiens neandertalesis?
L'image de cet enfant nous rend leur "humanité" proche. La reconstitution nous interpelle presque plus fort que les chiffres bruts du pourcentage d'identité croisée.
Commentaire n°3 posté par Gab le 16/06/2010 à 12h58

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