Quelle est la perception du scientifique auprès du grand public ?
Ainsi que le faisait remarquer Jennifer ROHN, biologiste cellulaire à
l'University College London et écrivain, ceux qui exercent un métier scientifique dans notre société occidentale, chercheurs, ingénieurs et techniciens, sont nombreux (1,3 million
de personnes pour le Royaume Uni en 2006) et leur contribution au développement de la société et au bien-être de chacun est d'une importance majeure: "nous vivons plus longtemps,
nous bénéficions de nouveaux vaccins et des progrès de la médecine, nous disposons d'une multitude (d'équipements et ) de gadgets qui rendent notre vie plus agréable".
Il arrive parfois qu'un scientifique intervienne sur un plateau de télévision, par exemple pour commenter un fait d'actualité ou débattre avec d'autres intervenants. Dans ces occasions, le public
peut se rendre compte, que le scientifique ressemble tout à fait à un citoyen ordinaire. Cependant, si l'on réalise une enquête auprès d'un public composé de non-scientifiques, en lui demandant la
première idée qu'il se fait d'un scientifique, les images seront le plus souvent ou bien "idéalisées" - Albert EINSTEIN-, ou caricaturales - un cinglé binoclard en blouse blanche, un créateur de
monstre, un barbu entre deux-âges vêtu d'un chandail - . Il y a également de fortes probabilités que la description du scientifique soit celle d'un individu de sexe masculin.
Depuis de longues années, il y a, aussi bien au cinéma que dans des séries télévisées à succés, de nouvelles images de scientifiques qui auraient pu s'ancrer fortement dans l'imaginaire. Dans la
majorité de ces séries télévisées, si les scientifiques hommes nous semblent le plus souvent sympathiques, les scientifiques femmes quant à elles pourraient concourir dans les défilés de mode.
Sans doute, grâce à cela, les scientifiques sont-ils mieux perçus - image globale relativement sympathique - tout comme ils sont plus clairement identifés au milieu d'une équipe d'acteurs dans les
séries de fiction. Il reste cependant de nombreux progrès à réaliser avant d'obtenir une image totalement valorisante du scientifique.
Jennifer ROHN avance deux hypothèses:
- les scientifiques sont "invisibles", ils ne sont pas réellement perçus par le reste de la population. Lorsque les non-scientifiques pensent aux scientifiques en tant que groupe d'individus, leur
propre expérience scolaire, les difficultés qu'ils ont pu rencontrer pour comprendre les matières scientifiques, voire la haine qu'ils auraient pu ressentir pour ces disciplines scolaires, tout
cela viendrait brouiller leur champ de vision;
- tout au long de l'histoire, et Jennifer ROHN de citer Aristophane, une grande partie de l'humanité a cru qu'il y avait une sorte de danger à vouloir trop connaître ou à essayer d'acquérir des
connaissances "interdites" réservées aux dieux. La Bible ne rapporte pas autre chose avec la chute de l'homme et son départ du Jardin d'Eden. Prométhée reste trop longtemps attaché à son rocher,
Icare tombe au milieu de son ascension, l'alchimiste pactise avec des forces obscures, tandis que le savant fou nous promet l'holocauste...
Il est commun de penser que l'utilisation des bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki n'a pas encouragé une vision optimiste des choses.
Il y a peut-être eu aussi une dilution de l'image du scientifique tout au long du vingtième siècle, lorsque notre société, pour se développer, a eu besoin d'un très grand nombre de
scientifiques dans presque toutes les disciplines.
Alors que la rareté mettait les individus en valeur, la profusion a paradoxalement banalisé les acteurs de la science.
Tant que l'on a placé le scientifique en haut des cimes jusque dans le début du vingtième siècle, dans un espace-temps qui ne semblait appartenir qu'à quelques rares élus, les sentiments de
l'opinion à son égard pouvaient être très forts: admiration et espoir, comme rejet et crainte.
Lorsque les scientifiques sont devenus des éléments de l'économie de marché - l'économie "de la connaissance" d'après la Stratégie de Lisbonne - et que les métiers ont été segmentés: techniciens,
ingénieurs ou chercheurs, les scientifiques sont devenus comparables à l'ensemble de leurs concitoyens. A cette mesure là, les non-scientifiques se sont rendu compte que la quasi majorité des
scientifiques appartenaitau mieux, sauf fortune familiale personnelle, à la classe moyenne.
Il n'y a toujours pas de scientifique dans le Top 50 des personnalités préférées des français.
Est-ce un problème de communication des acteurs de la science vis-à-vis du public, ou de la communication de leurs institutions et des média réalisée autour d'eux?
Les non-scientifiques, et les scientifiques, préféreraient-ils ceux qui les amusent ou les distraient, acteurs,chanteurs, sportifs de haut niveau et aventuriers lancés à la conquête du monde?
Les personnages de serie tele illustrant cet article sont sympathiques mais plutot speciaux. Je ne crois pas que l'image du scientifique qui nous est transmise soit proche de la realite si ce n'est celle qu'imagine les metteurs en scene.
Commentaire n°1
posté par
Julien
le 06/02/2009 à 18h14
Existe-t-il seulement une "bonne" image du chercheur ? et nous-mêmes avec quel prisme regardons-nous ?
Un chercheur, un enseignant-chercheur aura-t-il déjà une vision unique ou complexe de lui-même et de ses collègues?
Il y a de toute évidence plus de richesse et de nuance dans un tableau du Titien que dans le dessin d'un enfant de maternelle, ce dernier fut-il "enfant précoce".
Pour ma part, j'apprécie déjà que ces images de scientifiques renvoient à des personnages sympathiques.
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Ce blog est conçu comme un ensemble de « fenêtres ouvertes sur la science ». Il n’apporte pas des connaissances et ne vise pas à faire œuvre de vulgarisation. Il apporte simplement les quelques réflexions et impressions qui me viennent lorsque l‘actualité ou le hasard de mes lectures m’y conduisent.
Un chercheur, un enseignant-chercheur aura-t-il déjà une vision unique ou complexe de lui-même et de ses collègues?
Il y a de toute évidence plus de richesse et de nuance dans un tableau du Titien que dans le dessin d'un enfant de maternelle, ce dernier fut-il "enfant précoce".
Pour ma part, j'apprécie déjà que ces images de scientifiques renvoient à des personnages sympathiques.