Jeudi 24 janvier 2008 4 24 /01 /Jan /2008 18:28

Le titre de cet article est celui du compte rendu réalisé par la revue de l’Institut Max Planck (Max Planck News) du premier Forum Carl Friedrich von Weizsäcker qui a eu lieu à la fin du mois de septembre 2007 à  l’université de Hambourg. Une traduction littérale depuis la langue d’origine serait plutôt un pluriel « la responsabilité des sciences » (Verantwortung der Wissenschaften). Dans tous les cas il semble y avoir un paradoxe, puisqu’il est plus naturel au premier abord d’attribuer une responsabilité à des individus, les scientifiques, plutôt qu'à la Science, fut-elle avec majuscule.


Au-dessus  du titre choc « The responsibility of Science » on peut voir une image représentant deux mains ouvertes soutenant la planète Terre avec  pour commentaire : « Responsibility for the world must also be in the hands of scientists. » ce qui nous ramène à une attribution plus courante des responsabilités.

 

Crédits: Oregon Health and Science University

 

L’auteur déclare : « Si l’on veut attribuer une responsabilité aux sciences, il faut sous-entendre que ceux qui sont impliqués dans des activités de recherche doivent agir de manière responsable ».


Voilà sans doute un raccourci habile destiné aux philosophes, à ceux qui ont l’habitude de triturer les déclarations et les idées pour voir ce qu’il en reste après analyse et réflexion. Ce type de phrase me fait songer à quelque sophisme et j’imagine,  avec une certaine délectation,  le «fils de la sage femme » utilisant la maïeutique pour pousser le sophiste dans ses retranchements.
 

De fait le forum a tourné autour de la personnalité de Carl Friedrich von Weizsäcker, physicien impliqué, au cours de la Seconde guerre mondiale, dans le programme allemand de mise au point de l’arme atomique. A la fin de la guerre et après mise en cause par les vainqueurs, lot commun pour tous les physiciens allemands, Weizsäcker a poursuivi ses travaux en Allemagne. Il y a occupé les plus hautes fonctions. Physicien engagé et philosophe, ami de Martin Buber, il a œuvré pour la paix tout le reste de sa vie. Il est mort le 28 avril 2007 à l’âge de 94 ans. Il était le frère aîné de Richard von Weizsäcker maire de Berlin de 1981à 1984 puis Président de la République Fédérale Allemande de 1984 à 1994.

On doit à Carl Friedrich von Weizsäcker un manifeste signé par 18 physiciens nucléaires en 1957 connu sous le nom de Déclaration de Göttingen qui a eu un très grand écho auprès du public et, surtout, des politiciens en Allemagne. La déclaration de Göttingen en 1957, en pleine Guerre Froide, appelait au désarmement nucléaire et prônait l’utilisation pacifique de l’énergie nucléaire. A cette époque il n’était pas encore habituel pour les scientifiques de s’impliquer eux-mêmes dans la politique et c’est sans doute pour cela que le public a accordé une telle autorité à la déclaration des scientifiques.

De nos jours, les politiciens ont toujours besoin de l'expertise des scientifiques qui leur permet de prendre des décisions en fonction des différents scénarios possibles. Les scientifiques ont la responsabilité de mettre en valeur leurs découvertes. Il y a également une nécessité à assurer la transversalité des disciplines. La physique, la biologie mais aussi les sciences humaines sont mises à contribution. Un exemple concret et direct donné lors du forum a été que, sans la mise en évidence de l’effet de serre et de la détérioration de la couche d’ozone sous l’effet de l’activité humaine, il n’y aurait jamais eu de Protocole de Kyoto.


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AURORA  - Credits:  ESA - AOES Medialab


Aujourd’hui l’humanité doit faire face à de nouveaux dangers qui viennent d’être identifiés par les scientifiques. Aux risques liés à l’utilisation de l’énergie nucléaire viennent s’ajouter la perte de la biodiversité ou les effets sur le changement climatique, risques pouvant être attribués à notre mode de vie.

« Il est donc important que les nouvelles générations de scientifiques soient sensibilisés sur la responsabilité qui leur incombe », telle pourrait être la conclusion de ce premier Forum Carl Friedrich von Weizsäcker.

Cette phrase fait écho à ce qui a été dit et écrit tout au long de notre histoire depuis plusieurs milliers d’années. Plus le savoir et l’autorité augmente, plus la responsabilité envers les autres s’accroît. Ce que l’Ecclésiaste, en son temps, traduisait par « Celui qui accroît son savoir, accroît aussi sa douleur ».
 

En fait, il semble que la prise de conscience des scientifiques a déjà eu lieu depuis longtemps et pas seulement depuis le prix Nobel de la Paix attribué au chimiste Linus Pauling, déjà lauréat du Prix Nobel de Chimie, ou encore des Déclarations de Mainau de 1955 et 1956 signées par 51 prix Nobel.

L'état d'esprit des scientifiques est donné par un sondage récent réalisé par le Cevipof (Centre de recherches politiques IEP/ CNRS) auprès de 2075 chercheurs et présenté par Daniel Boy lors du premier colloque ‘’Sciences et société en mutation’’ du CNRS en 2006.
Les réponses obrenues lors de cette enquête 
montrent que si les chercheurs découvrent que leur recherche pourrait poser des problèmes éthiques, moraux ou politiques, à 90% (des sondés) ils déclarent qu'ils en parleraient à leurs collègues avant de prendre une décision. Ensuite qu'ils saisiraient un comité d'éthique (85% des réponses). En dernier qu'ils penseraient à  alerter les médias (22%).
 

Les relations Science et Société sont au cœur du Programme cadre européen sur la recherche et y apparaissent comme un programme à part entière doté sur l’exercice 2007-2012 d’un budget de plusieurs dizaines de millions d’euros.
 

La responsabilité des scientifiques, si ce n’est la « responsabilité des sciences », a été également illustrée récemment par la déclaration de l’académicienne Magdalena FIKUS devant ses collègues de l’Académie des sciences de Pologne à propos du Festival des sciences :
 

« Science cannot develop if society is unable to grasp its objectives, methodology and output. Taxpayers deserve to be informed about why it is worth spending money on science, as without scientific advancement there can be no modern society. Without two-way communication people will be afraid of genetically modified tomatoes and of atomic energy, they will ignore the warnings and recommendations of ecologists. They will fear and reject new advances – in short they will simply act like ignorant people. And in Europe, a menial job is that awaits an ignorant person.” (Magdalena FIKUS – 2007, in “A festival against ignorance” -  Polish Academy of Sciences)

 

« La science ne peut pas se développer si la société est incapable de saisir ses objectifs, sa méthodologie et sa production. Les contribuables méritent d’être informés (afin de comprendre) pourquoi il est utile de dépenser de l'argent pour la science, et de se rendre compte que sans les avancées scientifiques il ne peut  y avoir de société moderne. Sans le dialogue les gens auront peur des tomates génétiquement modifiées et de l’énergie atomique, ils négligeront les avertissements et les recommandations des écologistes. Ils craindront et rejetteront les nouvelles avancées – en bref  ils agiront simplement comme les gens ignorants. Et en Europe, ce qui attend une personne ignorante c’est un travail répétitif et  peu motivant. »

 


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Par Alain ANSELMET - Publié dans : Science et Société
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Lundi 17 décembre 2007 1 17 /12 /Déc /2007 18:36

"Les principes de base de la physique quantique sont tout à fait choquants pour l’intuition. Mais rassurez-vous, on finit par s’y habituer !" (Alain Aspect)
 

A la fin du dix-neuvième siècle l’impossibilité d’expliquer certains phénomènes au niveau atomique par les concepts de physique classique ont conduit expérimentateurs et théoriciens à poser les bases d’une nouvelle physique. Des premiers articles publiés avant 1906 par Max Planck et Albert Einstein a surgi la physique quantique dont les applications technologiques ont été particulièrement nombreuses tout au long du vingtième siècle (diode, transistor, énergie nucléaire, microscope électronique, laser…) et dont le but ultime semble être l’ordinateur quantique.

La physique quantique, qui décrit le monde de l’infiniment petit, est basée sur des calculs de probabilité ce qui a toujours heurté profondément Albert Einstein qui s’opposa, sa vie durant, au physicien danois Niels Bohr, autre fondateur de la physique quantique.

 

EINSTEIN et BOHR

 

Parmi les exemples célèbres nés de cette opposition conceptuelle, le Paradoxe EPR, expérience imaginée par Einstein avec deux de ses élèves : Brian Podolsky et Nathan Rosen, visant à montrer que l’enchevêtrement (l’intrication) des particules prévu dans certains cas par la mécanique quantique était impossible.

Pour une description du Paradoxe EPR lire l’article d’Olivier Esslinger  sur son site web en cliquant ICI

 Cependant l’expérience réalisée en 1982 par le physicien français Alain Aspect et son équipe d’Orsay  a pourtant fini par donner raison à Niels Bohr.

  AlainAspect.jpg

Alain ASPECT


 

Voir l’article sur le site web du CNRS - "Alain ASPECT - Un éclaireur dans la lumière"

 

De cet exemple j'aimerai tirer la remarque que l'on peut commettre quelques erreurs et cependant rester l'un des grands génies de l'humanité. L'expérimentation a montré à plusieurs occasions la justesse et la solidité des théories d'Albert Einstein. Il n'était cependant pas omniscient.


einstein.jpg

Albert EINSTEIN - caricature

 


Autre remarque, il faut souvent beaucoup de temps et de patience, beaucoup d'énergie et de courage, pour faire avancer le champ des connaissances. Au-delà des connaissances des travaux finalisés permettent à l'humanité d'acquérir de nouveaux outils technologiques. L'un va rarement sans l'autre.

Me vient à l'esprit cette remarque de Doris Lessing, Prix Nobel de Littérature 2007: "J'y relevais qu'à la fin de son existence, Goethe, l'un des hommes les plus cultivés de son temps, disait qu'il venait à peine d'apprendre à lire" (Times Bites, Harper Collins, 2004)

 

Et d'en conclure: "le temps qu'il faut pour apprendre" et connaître vraiment!


A quoi nous pourrions répondre: "sans nul doute le temps d'une vie!"


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Par Alain ANSELMET - Publié dans : Univers, Astronomie et Physique
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Jeudi 6 décembre 2007 4 06 /12 /Déc /2007 19:42

Il en va de l’intelligence animale comme de l’intelligence humaine : il semblerait que ce soit la chose du monde la mieux partagée.

Cela fait maintenant plusieurs décennies que les scientifiques s’intéressent à l’intelligence animale, pas toujours pour savoir si elle peut être comparée à l’intelligence humaine dans sa globalité, mais parfois, tout simplement, pour avoir des modèles plus simples à étudier. Tout comme le petit ver nématode
Caenorhabditis elegans est devenu un organisme modèle en biologie moléculaire. Ce ver de 1 mm de long, qui vit quelques semaines, permet notamment de comprendre les mécanismes de mort cellulaire programmée (131 cellules impliquées sur un total de 1031 cellules pour l’animal adulte) ou d’entreprendre l’étude du système nerveux (302 cellules impliquées).

Tout le monde ou presque a entendu parler du cerveau des baleines et des dauphins, de leur forme d’intelligence, de leur capacité à communiquer. Nos parents les plus proches dans le règne animal : singes, gorilles et chimpanzés servent aussi de sujets d’études dans une foule d’études et d’expérimentations en sciences cognitives.

Dans un article récent du journal Le Monde (4 décembre 2007), Elise BARTHET, nous rapporte les fruits d’une longue série d’expériences réalisées à l’Institut de recherche sur les Primates de l’université de Kyoto, parue le jour même sous forme de revue dans Current Biology, qui est un journal scientifique de très bonne qualité. Un extrait de l'
article paru dans Le Monde:

« D'après les résultats d'une étude publiée mardi 4 décembre dans la revue Current Biology, les jeunes chimpanzés sont doués d'une mémoire photographique nettement supérieure à celle des êtres humains.

 L'expérience, imaginée et conduite plusieurs années durant par des scientifiques de l'Institut de recherches sur les primates de l'université de Kyoto, a opposé un groupe de six chimpanzés (trois femelles et leurs petits) et douze étudiants. Elle consiste à montrer, pendant quelques dixièmes de seconde, une série de chiffres de un à neuf disposés aléatoirement sur un écran tactile. Les numéros sont ensuite remplacés par des carrés blancs. Reste aux candidats, chimpanzés et humains, la tâche de les restituer un à un dans l'ordre croissant. Un peu à la manière du jeu de société Memory. »

 

Ai_test.JPG

Chimpanzé_en action

On peut voir ensuite un extrait d’une vidéo, montrant un chimpanzé nommé « Ai » répondant d’une manière formidablement rapide sur l’écran tactile placé devant elle.

Je rappelle, pour tous ceux qui auraient des doutes (ou pour le lecteur distrait), que l’écran et l’expérience sont des créations exclusivement humaines. Ai n’est intervenue à aucun moment dans l’élaboration du protocole expérimental.

En fait Ai, qui est née (vraisemblablement) en 1976, a été récupérée par l’Institut de recherche sur les primates en 1978 et y a été éduquée depuis lors. "Eduquer" est un vocable ayant des connotations bien plus larges que le verbe "dresser". Nous sommes en présence de scientifiques, ne l'oublions pas, et non dans un milieu de gens de spectacles. Le but est de comprendre, point de divertir.


  ai.jpg

Ai_picture: Crédit:  Primate Research Institute Kyoto, Japan

 

De ce jeu de mémorisation d’une suite d’enchaînements, on en déduit fort sérieusement que les jeunes chimpanzés sont plus rapides et donc plus intelligents que les étudiants japonais recrutés pour l’expérience.

Voilà un genre de conclusion fort intéressant et divertissant.

Sans doute faut-il y voir une forme de provocation sympathique pour nous amener à réagir. Chacun peut le faire en fonction de sa sensibilité ou de sa formation. Bien évidemment les philosophes ou les scientifiques spécialistes en neurosciences vont nous ramener vers les fondamentaux et nous contraindre à préciser  de quelle sorte  d’intelligence nous parlons. Qu’est-ce que l’intelligence ? Ou bien encore vont-ils aller jusqu'à suggérer d’augmenter la complexité des enchaînements ou du test  pour  voir jusqu'où les chimpanzés vont pouvoir "suivre".


Pour ma part cela me rappelle une très vieille histoire qu’un de mes amis, universitaire et philosophe, me racontait sur l’expérimentation et les conclusions que certains pouvaient en tirer :

« Lorsqu’on a bien dressé une grenouille et qu’on lui dit « Saute », elle saute. Lorsqu’on lui coupe une patte arrière et qu’on lui dit « Saute » elle a un peu plus de difficulté mais elle finit par s’exécuter. Lorsqu’on coupe la deuxième patte arrière, on a beau lui répéter « Saute » sur tous les tons, rien ne se passe. Conclusion, lorsqu’on coupe les deux pattes arrières à une grenouille, elle devient sourde ! »


Par Alain ANSELMET - Publié dans : Culture, Reflexion, Ethique
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Vendredi 23 novembre 2007 5 23 /11 /Nov /2007 19:36

Nouveaux Pygmalion, les biologistes seront-ils bientôt en mesure de remodeler l'homme à partir de quelques cellules prélevées sur la peau?

 

Shinya YAMANAKA (Japon) et James A. THOMSON (USA) sont dans la course pour la reprogrammation de cellules somatiques en cellules souches embryonnaires humaines (voir leurs publications du dernier trimestre 2007).

 

Ces dernières années le grand public attentif avait pu découvrir les cellules souches humaines et en apprendre quantité de choses. Les cellules souches peuvent être embryonnaires, fœtales ou adultes.

Les cellules souches embryonnaires sont déclarées pluripotentes et sont à l’origine des quelques centaines de types cellulaires présents chez l’homme, à l’origine de tous les tissus. Leur prélèvement, à des fins d’étude ou de recherche soulève quelques problèmes d’éthique, puisqu’il entraîne la destruction de l’embryon.

Les cellules souches fœtales sont multipotentes.

Les cellules souches adultes sont des cellules indifférenciées qui se trouvent dans la plupart des tissus au milieu de cellules différenciées. Divers mécanismes cellulaires naturels peuvent contraindre ces cellules souches adultes à se différencier afin, par exemple, de renouveler le tissu.

Les possibilités thérapeutiques offertes par la compréhension et la maîtrise des phénomènes sous-tendant cette différenciation cellulaire sont tellement considérables qu’elles expliquent l’engouement des équipes de recherche, fort nombreuses à travers le monde, qui s’intéressent aux cellules souches.

Les budgets sont à proportion de cet engouement qui est parvenu à convaincre citoyens et politiques de la grandeur de la cause. Il reste cependant le besoin d’une réflexion éthique de fond. Réflexion éthique qui déchaîne la polémique suivant les aléas de la médiatisation d’une annonce isolée. Pourtant cette réflexion éthique est nécessaire, indispensable. Entreprise en amont de l’actualité immédiate elle peut dédramatiser ou encore fixer un cadre à ce que l’humanité est en droit d’attendre lorsqu’il s’agit de son essence même et de son avenir.

 

Cellules souches - Crédit: CEA

Tout récemment (octobre et novembre 2007), deux équipes, celle de Shinya YAMANAKA (Université de Kyoto, Japon) et celle de James A. THOMSON (Université du Wisconsin, Madison) ont montré, dans deux études séparées, qu’il était possible de reprogrammer des cellules somatiques humaines en cellules souches pluripotentes de type embryonnaire.
Yamanaka.jpg

Shinya YAMANAKA

Crédits Chris Goodfellow


Certaines perspectives offertes par cette approche apparaissent dans l’article de J.A. THOMSON, revue SCIENCE en ligne du 20 novembre 2007 : « Such human induced pluripotent cell lines should be useful in the production of new disease models and in drug development as well as application in transplantation medicine once technical limitations (for example, mutation through viral integration) are eliminated. ».

 

James_Thomson.jpg

James THOMSON

Crédits Jeff Miller/ University of Wisconsin-Madison

 

Disons, pour faire bref, qu’il reste quelques détails techniques à régler, mais que nous sommes bien proches de maîtriser le passage de quelques cellules prélevées sur notre corps à des cellules souches de type embryonnaire dont on pourra ensuite programmer le destin.

De ces avancées spectaculaires, nous pourrions ouvrir quelques pistes de réflexion :

- l’humanité est-elle appelée à beaucoup de transformations morphologiques ou physiologiques dans un proche avenir, une sorte « d’évolution accélérée » ?

- Allons-nous vers une semi immortalité, avec allongement de notre durée de vie par remplacement/renouvellement de tel ou tel organe, de tel ou tel membre défaillant ?

Nous voyons bien que la réflexion éthique ne saurait se limiter à ce qui ne concerne  que  la stricte manipulation de l’embryon humain.

La technologie nous permet, ou permettra bientôt, de contourner cette étape. Le champ ouvert au débat de bioéthique est en train de s'étendre, et nous voilà  invités à ne pas reculer trop longtemps la réflexion nécessaire sur la manipulation et l'utilisation des différents types de cellules souches.

 


 

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Induction de cellules souches pluripotentes à partir de la reprogrammation de cellules somatiques.

 

Neuroimagerie fonctionnelle et neuroéthique


Par Alain ANSELMET - Publié dans : Science du Vivant
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Vendredi 19 octobre 2007 5 19 /10 /Oct /2007 20:46

Les climatologues nous avaient déjà montré qu’il était possible de reconstituer l’atmosphère et le climat de la Terre sur plusieurs centaines de milliers d’années, en analysant des carottes de glace prélevées aux pôles. Les biologistes vont-ils nous dire de quoi souffraient les ancêtres de l’homme il y a des millions d’années en partant de notre génome ?


Novembre 2006, Le Figaro publiait un article, de Jean-Michel BADER, intitulé « Un virus fossile du génome humain ressuscité ». Cet article s’appuyait sur le travail de l’équipe de Thierry HEIDMANN (Unité Mixte de Recherche 8122 du CNRS, Institut Gustave Roussy, Villejuif) publié à l’automne de la même année, sous un titre plus conventionnel, dans la revue Genome Research.

Au-delà du titre particulièrement accrocheur faisant la part belle aux nouveaux démiurges, la lecture de l’article princeps et celle des articles parus en 2007 des équipes de Paul D. BENIASZ (Université Rockefeller, New York) et de Jens MAYER (Université de Hambourg) appellent d’autres réflexions.


Notre génome contient une grande portion de rétro éléments, environ 8%, parmi lesquels se trouvent les rétrovirus endogènes humains (human endogenous retrovirus, HERVs) qui sont des restes d’anciens rétrovirus exogènes qui ont pu intégrer le génome des cellules germinales des singes depuis plusieurs millions d’années.


Au cours du temps, ces provirus ont subis de nombreuses amplifications et ont souffert d’un grand nombre de délétions et de mutations, ce qui les a rendus beaucoup moins virulents, voire « inactifs ». Cependant, le simple fait de l’insertion a pu provoquer des interruptions ou des dérégulations de gènes essentiels. On les suspecte d’être impliqués dans l’étiologie de certains cancers et dans certaines maladies auto-immunes ou neurologiques, d’où l’intérêt de leur étude par un grand nombre d’équipes de recherche à travers le monde.

Utilisant les résultats du séquençage génomique, la bioinformatique et les techniques de biologie moléculaire, l’équipe de Thierry HEIDMANN a pu reconstituer un pro virus, baptisé Phoenix, à partir de différentes séquences HERV et donner vie à ce « virus fossile » reconstitué, in vitro, dans une lignée de cellules humaines.

  


Cycle_Retrovrus.JPG  

Représentation artistique du cycle de vie d'un retrovirus

Crédit: Louis E. Henderson, National Cancer Institute

 

 


Quelques pistes de réflexions :


Le génome humain peut être comparé à un champ de fouilles archéologiques. En lieu et place des artefacts, objets et matériaux divers, nous y trouverions la Vie elle-même avec ses insertions, mutations et modifications des séquences ADN.

En effet, des virus et des maladies ont disparu de la surface de la Terre depuis longtemps mais ils ont auparavant rencontré les ancêtres de l’homme. Ils ont traversé des millions d’années enfouis au plus intime de nous même. La science et la technologie dont nous disposons aujourd’hui nous permettent de les étudier.
 

Au cours de l'Evolution, ces virus exogènes qui sont venus s’intégrer, pour certains, bien avant la séparation des lignées simiesques et humaines, voici 30 ou 40 millions d’années, ont subi un destin différent suivant les espèces. Par exemple le nombre de mutations et la vitesse de mutation ont été différents. Mais on peut se poser la question : est-ce qu’une « pierre de Rosette génomique » ne se trouve pas au cœur de nos banques de données ?


Aujourd’hui nous pouvons comparer les génomes déjà séquencés (homme, chimpanzé), demain nous disposerons de bien d’autres séquences exploitables.


Un nouveau champ d’expérimentation pourrait voir le jour, alors que déjà beaucoup de chercheurs s'interrogent sur l'influence des virus sur le développement de l'Homme.


 


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Par Alain ANSELMET - Publié dans : Science du Vivant
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Mercredi 17 octobre 2007 3 17 /10 /Oct /2007 18:43

Nous nous étions rendu compte depuis longtemps que notre Terre était devenue plus petite. Déjà le soleil ne tournait plus autour d’elle et quelques planètes de notre système solaire étaient bien plus grosses.

Ensuite notre soleil ne figurait pas au palmarès des plus grosses étoiles et nous étions à la périphérie de notre galaxie, la Voie Lactée, qui traçait son chemin au milieu de centaines de millions d’autres galaxies. Toute cette matière baryonique, visible, lumineuse, ne représentant qu’un peu moins de 5% de l’univers qui est composé d’autre chose.


Sur cette planète devenue aussi plus étroite du fait de nos moyens actuels de transport et de communication, et dont nous avons fini par nous échapper quelques instants en permettant à quelques individus de poser le pied sur la Lune, l’humanité a pris conscience de la précarité de toute vie, la nôtre et celle des autres espèces, si nous n’y prenions pas garde.


A la fin du vingtième siècle, au cours des années 90, une poignée de scientifiques venus de différents horizons ont mis en place un projet commun, le Human Genome Project, le grand projet de séquençage et d’analyse du génome humain, en se fixant une échéance à quinze ans pour réaliser l’essentiel de leurs travaux.


C’était un projet d’autant plus fou et ambitieux que nul, à l’époque, ne pouvait parier avec certitude sur la faisabilité technique du projet dans des délais aussi courts.



ADN.gif


 

Quelques règles simples avaient été établies dès l’origine du projet :


- mettre tous les résultats immédiatement dans le domaine public (jusqu’alors les scientifiques assuraient d’abord la publication de leurs travaux une fois achevés) ;

- le projet devrait être largement international et impliquer le plus grand nombre de nations possibles, les plus défavorisées recevant aide et formation des mieux dotées ;

- la qualité des résultats devait pouvoir répondre aux critères les plus exigeants ;

- l'établissement de la séquence seule ne suffirait pas et des travaux complémentaires au séquençage devraient permettre d'aller plus loin. 


La première séquence complète du génome humain a été disponible dès l’été 2000, s’en est suivi un travail impliquant un très grand nombre de scientifiques.


La séquence « aboutie » a été obtenue en avril 2003 et la publication de la séquence du génome humain a été réalisée en octobre 2004.


Notre vision de l’Homme en a été changée. Il y a des implications multiples dans le domaine médical, mais également dans d’autres domaines comme le domaine éthique, ou légal, ou social.

Une des plus belles déclarations, à mi-parcours de l'Human Genome Project, a sans doute été celle faite par l’UNESCO, dans sa Déclaration universelle sur le génome humain et les droits de l’homme - 11 novembre 1997


Article premier

Le génome humain sous-tend l'unité fondamentale de tous les membres de la famille humaine, ainsi que la reconnaissance de leur dignité intrinsèque et de leur diversité. Dans un sens symbolique, il est le patrimoine de l'humanité.


Humains_ClavienM.jpg

Credits: Mireille CLAVIEN

 


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Par Alain ANSELMET - Publié dans : Science du Vivant
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Mardi 16 octobre 2007 2 16 /10 /Oct /2007 16:47

Depuis quelques années, enseignants, éducateurs et politiques dressent l’amer constat d’un certain désamour ou, à tout le moins, d’une certaine désaffection pour les études scientifiques.

Les amphithéâtres des facultés des sciences sont devenus trop grands, tandis que la place venait à manquer pour d’autres disciplines.

Les analyses et préconisations pour y remédier se sont multipliées. La crise est mondiale. Tous les pays de l’OCDE ont suivi la même pente pendant quelques années. Certains ont, semble-t-il, enrayé la chute des effectifs et assisté à un léger frémissement en sens inverse.


Un rapport récent (2006) commandité par la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP) du Ministère de l’Education Nationale  et réalisé par le LIRHE (Université de Toulouse) et le CEREQ sous la direction de Catherine BEDUWE  - « Les filières scientifiques et l’emploi » -  offre des pistes nouvelles en recadrant les études universitaires en sciences et l’emploi, en sortie d'étude, des diplômés.


Le constat, au fil des 230 pages,est que la pénurie est réelle pour toutes les filières de sciences fondamentales.


 

Amphithéâtre -Crédits A.A.

 


Les sciences appliquées, jusqu’à présent, tirent leur épingle du jeu

La première année en faculté des sciences est celle où s’observe la plus forte désaffection.

En second cycle, les effectifs remontent grâce à l’apport des étudiants étrangers.

En troisième cycle, il y a baisse des effectifs pour les sciences fondamentales, tandis que les ingénieurs issus des Grandes Ecoles viennent poursuivre des études de troisième cycle en sciences appliquées.

C’est l’emploi, les salaires d’embauche et les perspectives de carrière qui semblent être la première cause du désamour.


L’analyse va toutefois plus loin. C’est l’ensemble du système scolaire qu’il conviendrait de réaménager, en commençant par le primaire où la première tâche consisterait à rassurer les quelques 80% des enseignants (de formation littéraire) sur leur capacité personnelle à parler de science, à parler de matières pour lesquelles ils ont été contre sélectionnés.

 


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Par Alain ANSELMET - Publié dans : Science et Société
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Mardi 9 octobre 2007 2 09 /10 /Oct /2007 18:01

Le 2 octobre 2007 le Télescope spatial Hubble nous livrait une image extraordinaire d’un groupe de jeunes étoiles massives, sans doute formées il y a un million d’années dans le gaz et la poussière de la nébuleuse géante NGC 3603, à quelques 20 000 années-lumière du Système Solaire dans le bras spiralé Carina de notre Voie Lactée.


Pour ceux qui veulent aller plus loin un communiqué et des illustrations complémentaires peuvent être trouvées sur le site commun de l’ESA et de la NASA.

 


starbursts.jpg

Naissance des étoiles

Credit: NASA, ESA and the Hubble Heritage

(STScI/AURA) - ESA/Hubble Collaboration

Les jeunes étoiles bleues que l’on voit au centre sont responsables de la création de la cavité énorme dans la masse de gaz distinguable à droite sur le cliché.


L'image est impressionante. 


Voir, quasiment, des étoiles naîtrent dans notre galaxie est un véritable exploit technologique. C’est aussi le fruit d’une coopération entre deux agences spatiales issues de deux continents : l’ESA et la NASA.


Ces jeunes étoiles, apparues presque 5 millions d'années après que les ancêtres des singes et des hommes aient suivi des chemins divergents sur la route de l’évolution,  rendent une image dynamique de la galaxie qui nous entoure. Leur naissance peut s'inscrire dans une échelle de temps perceptible pour l'homme.


A cela nous pourrions ajouter que notre galaxie n’est pas non plus la plus grosse parmi les centaines de millions de galaxies présentes dans notre univers.


Ces jeunes étoiles sont bleues, chaudes et massives. Pour l’une d’entre elles on a pu déterminer qu’elle possédait une masse équivalente à 125 fois celle de notre soleil. Mais pour certaines de ses voisines, les chercheurs doivent reconnaitre que notre technologie atteint ses limites, et qu’il est impossible de distinguer entre une et plusieurs étoiles dont la lumière se superposerait, rendant le calcul de la masse impossible.

__________

"Moi qui passe et qui meurs,
Je vous contemple étoiles !
La terre n'étreint plus l'enfant qu'elle a porté.
Debout, tout près des dieux, dans la nuit aux cent voiles,
Je m'associe, infime, à cette immensité;
Je goûte en vous voyant ma part d'éternité."

Ptolémée - Almageste


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Lundi 8 octobre 2007 1 08 /10 /Oct /2007 19:57

« Je puis bien concevoir un homme sans mains, pieds, tête (car ce n'est que l'expérience qui nous apprend que la tête est plus nécessaire que les pieds). Mais je ne puis concevoir l'homme sans pensée : ce serait une pierre ou une brute.

Pensée fait la grandeur de l'homme.

L'homme n'est qu'un roseau, le plus faible de la nature; mais c'est un roseau pensant…. »                   Pascal - Pensées (1670)

 

Me voilà dans l’amphi Abbé Grégoire au Musée des Arts et Métiers vingt minutes avant le début de la conférence d’Axel KAHN et, grand bien m’a pris, l’amphi est déjà rempli d’un bon tiers et sera complet à l’arrivée du conférencier et de l’animateur, Mathieu VIDARD, producteur de l’émission « la tête au carré » sur France Inter.

Axel KAHN vient présenter son dernier livre L'homme, ce roseau pensant... Essai sur les racines de la nature humaine, Nil éditions, 2007. Nous apprendrons qu’un autre livre est déjà rédigé et en attente.


  Axel-Kahn.jpg

Comme le directeur de l’Institut Cochin, généticien, est intervenu récemment dans les médias, la première question posée en tout début de séance porte sur les tests ADN en vue du regroupement familial pour les immigrés qui en feront la demande.

 

Je retiens plusieurs choses de cette soirée. En premier lieu, c’est l’affluence, beaucoup de personnes n’auront pas de place assise. Il y a conjonction du thème et la personnalité fortement médiatique de l’auteur.

Ensuite, Axel KAHN, qui dirige un Institut qui regroupe plus de 500 personnes, avec des chercheurs et des équipes de très haut niveau, a rajouté une nouvelle casquette, celle de philosophe.


Le public est venu là pour entendre un philosophe nous parler de l’homme en y apportant les éclairages de la science. Mon impression, en quittant l’amphi 90 minutes plus tard, est qu’il a parfaitement réussi sa prestation. 

Une vidéo de la conférence est disponible sur le site du Musée des Arts et Métiers
 

Quelques idées et pistes de réflexion :


1 - Il y a des questions qui relèvent du champ de la science, et il y a des questions qui   relèvent du champ de la philosophie. Les deux types de questions sont légitimes. Ainsi se poser des questions sur l’amour ou la beauté relève davantage d’un champ que de l’autre

2 - L'homme dépend de l'homme pour son développement. Il a besoin du regard de l'autre pour se structurer. Il a besoin de l'autre pour s'humaniser.

3 - En ce qui concerne la question de l'inné et de l'acquis, Axel KAHN déclare:  "On est 100% inné et 100% acquis". Et de donner en exemple: "si un bébé humain était élevé par des ours ou par des loups, il ne serait pas "humanisé". Donc "être humain" est 100% acquis. Inversement si nous élevons un jeune chimpanzé ou une souris, ils n'en seraient pas "humains" pour autant. Donc c'est 100% inné." Il nous invite donc à réfléchir n suggérant que la réalité, comme bien souvent, se trouve donc plutôt à mi-chemin.

4 - Le sens esthétique semble être propre à l'homme.
Axel KAHN cite en exemple un artefact trouvé en Grande-Bretagne, une hache de pierre vieille de quelques 250 000 ans dans laquelle l'artisan a conservé le dessin, l'empreinte, des fossiles, y ajoutant ainsi une dimension esthétique.
Cela dit, la notion d'homme est très large puisque, dans ce cas précis, nous avons à faire avec notre cousin Néandertal.

5 - Les gènes codent un produit, jamais un destin.

Par Alain ANSELMET - Publié dans : Culture, Reflexion, Ethique
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Vendredi 5 octobre 2007 5 05 /10 /Oct /2007 16:46

C’est à la relecture des premières lignes du livre d’Erik ORSENNA – Portrait du Gulf Stream (Editions du Seuil) – que ce blog doit sans doute le jour.

Pour être tout à fait honnête, l’idée d’ouvrir un blog me poursuivait déjà depuis quelque temps, mais ce sont les remarques lancées par l’auteur qui ont accéléré ma prise de décision.

L'écrivain déclare : « Je ne suis pas scientifique mais promeneur. Et friand de ces questions triviales qui laissent embarrassés les parents mais aussi les savants… ». Il nous montre par la suite que tout un chacun peut s’ouvrir à un monde où la science loin de nuire à la poésie peut éclairer les choses et débrider l’imagination et l’émotion.

couverture-E-O.jpg


Pour ma part, je suis un scientifique, mais je revendique aussi le titre de promeneur et d’observateur. En somme, il ne me manquerait plus que l’art d’écrire pour déplacer le regard du lecteur.

Ce blog est conçu comme un ensemble de « fenêtres ouvertes sur la science ».

Il n’apporte pas des connaissances et ne vise pas à faire œuvre de vulgarisation.

Il apporte simplement les quelques réflexions et impressions qui me viennent lorsque l‘actualité ou le hasard de mes lectures me poussent et m’y conduisent.

L'auteur de ce blog aimerait que celui-ci soit perçu comme une promenade aux côtés d’un scientifique qui ouvre des fenêtres sur la science, en forme de clin d'oeil.


Par Alain ANSELMET - Publié dans : Culture, Reflexion, Ethique
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