Samedi 31 mai 2008

Les filles s’engagent moins souvent que les garçons dans les études scientifiques et leur carrière évolue moins favorablement. En France elles sont présentes à plus de 55% à l’Université, mais seulement à 27% dans les écoles d’ingénieurs.

Un récent état des lieux, établi par le bureau des études statistiques sur la Recherche et Développement  du ministère de l’Education Nationale, fait apparaître que la France comptait, en 2005, 138 000 femmes en activité dans la Recherche et Développement, dont 76 000 chercheurs ce qui correspond à 28% des effectifs globaux.

Il y a des particularités françaises liées à notre système d’éducation, suivre une filière scientifique au lycée et préparer un bac S ne préjuge en rien des orientations ultérieures en matière d’études et de carrière, comme le rappelait Claudine HERMANN (voir note 1) dans un entretien.

Mais ce constat, sur la proportion de femmes engagées dans des carrières scientifiques, est transposable, à quelques nuances près, à l’ensemble des grands pays du monde occidental (voir note 2). 

Il y a le poids de l’histoire sur la condition féminine, celui de l’évolution des cultures et des mentalités.

Ainsi l'accès à certaines grandes écoles est plutôt récent.

Dans le journal Le Monde du 3 août 1972 on peut lire :

 « Pour la première fois cette année – et sur intervention de M. Debré, Ministre d’Etat chargé de la défense nationale -, des jeunes filles pouvaient se présenter au concours d’entrée de Polytechnique. Ce coup d’essai aura été un coup de maître, le Major… est Melle Anne CHOPINET. Le Major des élèves étranger est aussi une jeune fille : Melle Ta Thu-Thuy. »


Anne CHOPINET devant l'Ecole Polytechnique en 1973

 

Aujourd’hui l’Ecole Polytechnique (X) accueille 16% de jeunes filles, tandis que l’Ecole Centrale de Paris en reçoit 19% et l’ UTC - Université de Technologie de Compiègne 30%. 

Comme l’annonce la plaquette réalisée en 2007 par l’X et l’association Femmes et Sciences :

« Les femmes ont quelque chose à apporter à la science et en sont fières.

Quoi qu’elles en pensent, les filles sont aussi bonnes en sciences que les garçons : au bac S des mentions sont attribuées à 49% des filles et 42% des garçons. »

 

 

De fait les carrières scientifiques des femmes, chercheurs, ingénieurs ou techniciennes, sont très inégalement réparties entre Recherche Académique et Recherche Industrielle.

Les femmes sont plus nombreuses (facteur x2) à l’Université ou dans les organismes de recherche (EPST, EPIC) que dans l’Industrie. Et la répartition est, elle aussi, très inégale suivant les disciplines, les femmes étant davantage présentes dans le secteur des Sciences du Vivant  qu’en Physique ou en Chimie.

Un rapport réalisé à la suite d’une conférence aux Etats-Unis en 1994 sur la thématique « Femmes scientifiques et ingénieurs employées dans l’industrie » était sous-titré de manière très significative « Pourquoi si peu ? ».

 

Women Scientists and Engineers Employed in Industry

Why So Few?

A Report Based on a Conference

Ad hoc Panel on Industry

Committee on Women in Science and Engineering

Office of Scientific and Engineering Personnel

National Research Council

NATIONAL ACADEMY PRESS
Washington, D.C.
1994


Comme le rappelle le Conseil de l’Europe dans ses conclusions du 19 avril 2005: 

« L'excellence scientifique peut être améliorée en promouvant le respect du genre et l'impartialité ; les procédures d'évaluation et sélection doivent être transparentes et libres de discrimination liée au sexe. L'Europe a besoin de politiques fortes  et coordonnées pour améliorer la participation à égalité des femmes et surtout leur permettre l’accès aux positions hiérarchiques, là où s’effectuent les prises de décision. Les conditions de travail et les cultures dans l'université de même que dans l'industrie doivent évoluer vers un environnement permettant aux femmes de développer leur potentiel… »

 

En forme de conclusion, on peut dire qu'aujourd'hui il devient de plus en plus évident que l’avenir de la recherche en Europe passera par un engagement plus important des femmes dans les carrières scientifiques, d’où les appels et efforts des responsables politiques aidés et relayés par des associations de femmes diplômées, ingénieurs et chercheurs.

 


Note 1 : Claudine Hermann, Professeur de physique émérite à l’Ecole Polytechnique et ancienne Présidente de l’association Femmes et Sciences, article X-passion sur le site de l’Ecole Polytechnique (voir l'article)

Note 2 : voir les Indicateurs et Eléments de statistiques, ainsi que les questions sans réponse sur "Pourquoi si peu nombreuses?", sur le site de la Commission Européenne.

 


Liens externes en rapport avec cet article:

- La Société Française de Physique -
Rubrique Commissions et Débats - SFP-Femmes
- Le site de l'association  "Elles en sciences"
- Le site de l'association
"Femmes et Sciences"
- Le site de l'association
"Femmes et Mathématiques"
- Ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche
la Mission Parité
-
Etudes statistiques - Les Femmes dans la  Recherche
- Le site de la Commission Européenne -
Les Femmes et la Science - statistiques et indicateurs (site en anglais)

Article en lien sur ce blog (Etudes scientifiques et débouchés):
Par Alain ANSELMET - Publié dans : Science et Société
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Jeudi 15 mai 2008
Grande révélation du Sunday Times du 11 mai 2008 « Une équipe scientifique crée le premier embryon humain génétiquement modifié », l’article en ligne de Sarah-Kate TEMPLETON est accessible en cliquant ICI  . 

 

L’information sera reprise ensuite par la presse internationale.


Pour les lecteurs francophones, le contenu des articles conserve sensiblement les grandes lignes de l’article original, par contre les titres ont subi des modifications  drastiques reflétant sans doute le souci de la rédaction du journal de coller au plus près des attentes de ses lecteurs.

C’est ainsi que pour nos voisins belges il y a eu « Création puis destruction du 1er embryon humain génétiquement modifié » et nous sommes donc rassurés sur l'issue avant même d’avoir lu l’article, accessible en ligne en cliquant ICI.

Quant au lecteur français, en lisant Le Monde du 14 mai 2008, il apprend que : «Un embryon humain génétiquement modifié a été créé aux Etats-Unis ».


En effet, ce n’est pas parce que l’information est  révélée par nos amis d’Outre-manche qu’il s’agissait d’une première britannique comme cela s'est produit, voici 30 ans, avec la naissance de Louise BROWN ou comme pour l’arrivée de DOLLY le 5 juillet 1996. Dans cette affaire l’équipe scientifique qui est impliquée est nord-américaine.

Le titre accroche le lecteur, le garde en haleine et lui permet de relativiser et de prendre quelque distance, puisque les Etats-Unis c'est loin!

Cette distance "physique" explique sans doute que beaucoup de lecteurs, qui expriment leurs réactions, choisissent de ne pas procéder à l'analyse objective des faits,  mais préférent lancer un grand débat d’idées très générales où ils présentent leurs sentiments, leurs peurs, leurs  craintes, leur joie et leur approbation ou désapprobation…

 


Embryon humain cloné

Centre for Life in Newcastle upon Tyne in England



Zev Rosenwaks et Nikica Zaninovic, les scientifiques impliqués, (Center for Reproductive Medicine and Infertility, Weill Cornell Medical College, New York-Presbyterian Hospital, New York) sont des spécialistes de la Procréation Médicale Assistée. Les équipes du Centre utilisent les approches et technologies actuelles, ce qui inclut les techniques et outils de biologie moléculaire et cellulaire.

Dans le cas présent, rapporté par le Sunday Times, il s’agissait d’un travail présenté en 2007, lors d’une Conférence de la Société Américaine de Médecine Reproductive, qui mentionnait l’utilisation d’un marqueur génétique fluorescent dans un embryon humain non-viable afin d’étudier l’embryologie précoce. 

Il n'y a pas eu de grande publication, faisant suite à cette présentation, dans une revue scientifique d'excellence, comme la revue Science, Nature, Cell ou encore les Proceedings of the National Academy of Sciences.

Publier est ce qui permet à une équipe scientifique de prendre date et de légitimer lson apport à la communauté internationale, à plus forte raison dans le cas où la nouveauté du travail le justifie et l'impose.

Dans un monde où les scientifiques publient de plus en plus en ligne (pour raccourcir en partie les délais de publication), cela en dit long pour un autre scientifique, mais sans doute n'est-ce pas facilement perceptible pour le citoyen ordinaire qui n'a pas la contrainte de justifier (par des publications) ses demandes de crédits afin de poursuivre ses travaux de recherche.

Autre point significatif, dans cette assemblée présente à la Conférence et qui est composée de spécialistes de la Reproduction Humaine, tous particulièrement sensibilisés aux questions éthiques et juridiques, il n'y a eu aucune vague, aucune réaction, aucune dénonciation. Ce qui se serait produit pour un événement qui aurait pu paraitre inhabituel ou choquant.

Alors que s’est-il passé ? D’où vient le « scoop » du Sunday Times ?

Une hypothèse : en Grande-Bretagne, le gouvernement est en train de prendre un certain nombre de dispositions concernant la législation sur les Embryons Génétiquement Modifiés. Le sujet est très sensible, les enjeux  économiques et politiques sont extrêmement importants. Vous pouvez attaquer pour la n ième fois le principe de la production de plantes génétiquement modifiées, mais le public a déjà, plus ou moins, une opinion sur le sujet, et le gain potentiel d’une campagne supplémentaire n’est pas forcément  immédiat. Une approche bien plus percutante consiste à créer un événement extraordinaire et, dans ce cas, quoi de plus interpellant que la manipulation de l’embryon humain et la remise en jeu de l’avenir de l’espèce humaine.

 
Comme le rappelle l’article premier de la Déclaration universelle sur le génome humain et les droits de l’homme de 1997 : «Le génome humain sous-tend l'unité fondamentale de tous les membres de la famille humaine, ainsi que la reconnaissance de leur dignité intrinsèque et de leur diversité. Dans un sens symbolique, il est le patrimoine de l'humanité.»


Cette histoire pourrait avoir un développement positif, elle pourrait permettre de soulever un vrai débat à partir d’une expérience qui n’appelle pas, en elle-même, au débat.
 

Il y a urgence à ce que Science et Société apprennent à se connaître et à débattre, et dans cet échange celui qui a le plus de connaissances a également de plus grandes responsabilités.

 


Articles en lien sur ce blog:

- Le scientifique, l'information du public et la réflexion éthique:
The Responsibility of Science

- Etude et manipulation de rétrovirus endogènes humains: La mémoire des origines

- Reprogrammer les cellules somatiques humaines en cellules souches pluripotentes de type embryonnaire: Nouveau Pygmalion

- Le génome humain - Human Genome Project: Le patrimoine de l'humanité

Par Alain ANSELMET - Publié dans : Science du Vivant
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Dimanche 27 avril 2008
Le dimanche 6 avril 2008 le grand public a pu visiter le site du Grand Collisionneur de Hadrons LHC (pour Large Hadron Collider), un instrument scientifique de taille gigantesque à 100 mètres sous terre, tout près de Genève et à cheval sur la frontière franco-suisse. Ce fut un succès par le nombre de visiteurs qui sont arrivés pour cette journée portes ouvertes. Benjamin BRADU, physicien, qui était présent sur le site pour y accueillir les groupes en a fait un compte-rendu sur son blog (voir ma rubrique liens).

Je renvoie également le lecteur sur les pages web du CERN réservées au public qui sont tout à fait remarquables et apportent une foule d'informations  passionnantes (voir la rubrique liens).

Sans doute ce qui retiendra en premier l'attention du passionné de science, c'est l'annonce que le Grand Collisionneur va recréer les conditions qui existaient juste après le Big Bang.

Voici ce que l'on nous annonce :
"Les physiciens s’attendent en tous cas à une nouvelle ère de physique, apportant de nouvelles connaissances sur le fonctionnement de l’Univers. Pendant des décennies, les physiciens se sont appuyés sur le modèle standard de la physique des particules pour essayer de comprendre les lois fondamentales de la Nature. Mais ce modèle est insuffisant. Les données expérimentales obtenues grâce aux énergies très élevées du LHC permettront de repousser les frontières du savoir, mettant au défi ceux qui cherchent à confirmer les théories actuelles et ceux qui rêvent à de nouveaux paradigmes."

A jouer avec l'imagination et le rêve d'un public passionné, n'y-a-t-il point risque à lui faire oublier l'exploit technique, intellectuel et politique, que constitue la mise en place du LHC ? Quid du LEP qui l'a précédé et dont il a fallu, en 14 mois, évacuer les 40000 tonnes de matériel ? Quid des cavernes géantes creusées pour y installer les instruments de mesure? Quid des différentes pièces de haute technologie venant de nombreuses parties du monde, de l'Europe bien entendu, mais aussi de l'Amérique, de la Russie, de la Chine, de l'Inde, du Japon... c'est la planète entière qui se retrouve au CERN.

Il y a aussi la mise en place d'une Grille de calcul LHC pour stocker  et traiter les 15 pétaoctets de données qui seront produites chaque année. Puis l'utilisation des données par les chercheurs répartis dans des Instituts de différents pays, après que ces données, dont le flot sera ininterrompu, auront transité par des centres informatiques de grande capacité.

Et puisque l'on nous assure (rassure) que nous ne serons point engloutis par les trous noirs microscopiques ni emportés par les strangelets  (eh oui, comme si les quarks n'étaient pas suffisamment étranges!),  produits par le LHC, nous pourrions prendre le temps de réfléchir à cette approche dynamique de la réalité qu'est la science.




Anneau de gaz et de poussières autour d’un trou noir
© V. Beckmann (NASA's GSFC) et al., ESA


Nous avons avec le Grand Collisionneur un très bel exemple du lien étroit entre recherche théorique et recherche expérimentale, entre recherche fondamentale et recherche finalisée. La construction du LHC au cours des dernières années, avec la production en série de certains aimants, a même été un parfait exemple de transfert technologique de la recherche vers l'industrie.

Les problèmes déjà soulevés et ceux qui ne tarderont pas à paraître nécessiteront des collaborations internationales renforcées et la mise en place de moyens techniques dont nous ne disposons pas encore.


Articles en lien sur ce blog:
- Le scientifique, l'information du public et la réflexion éthique:
The Responsibility of Science
- Probabilités, Physique quantique, Paradoxe EPR et Expérimentation:
Décohérence

Par Alain ANSELMET - Publié dans : Univers
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Vendredi 11 avril 2008

Situé dans l’Océan Pacifique, à 965 kilomètres des côtes Equatoriennes, l’archipel des Galápagos est composé de 5 grandes îles (Fernandina, Isabela, San Cristobal, Santa Cruz et Santiago), et de quelques dizaines d’autres îles et îlots s’étendant sur 8 000 km2.

L’archipel est resté longtemps isolé et fut découvert officiellement le 10 mars 1535 par le dominicain Tomas de Berlanga,  qui voyageait vers le Pérou sur ordre du roi d’Espagne.

Le nom de Galápagos est dérivé de Galepegos qui signifie « Tortues », nom qui fait référence aux tortues géantes qui se retrouvent en grand nombre dans l’archipel.

L’Equateur a annexé les îles en 1832 et y installa la même année une colonie pénitentiaire sur l’île de Floreana afin d’assurer le peuplement, vinrent également quelques artisans et paysans.

 



Le jeune Charles Darwin découvrit les îles Galápagos au cours de l’année 1835. Les observations scientifiques, qu’il réalisera alors, seront la matière première de sa théorie de l’évolution par la sélection naturelle parue dans son ouvrage «L'Origine des espèces» (1859).

L’archipel des Galápagos constitue « un musée et un laboratoire vivants de l’évolution uniques au monde » et a été inscrit par l’Unesco comme Patrimoine mondial en 1978.  Sa faune est composée de reptiles exceptionnels comme les tortues géantes et les iguanes terrestres et marins, plus de 300 espèces de poissons, 58 espèces d’oiseaux, des lions de mer, des baleines, des otaries et des dauphins. Ainsi que près de 1 600 espèces d’insectes.



Cette « Arche de Noé » court cependant un très grave danger et la menace sur son avenir est telle que, le 26 juin 2007, l’archipel des Galápagos a été inscrit sur la liste du Patrimoine Mondial en Danger de l’Unesco.

L’écosystème du groupe d’îles est en effet menacé par l’immigration et le tourisme non contrôlé. 

Une analyse socioéconomique a été réalisée en 2007 par Graham WATKINS et Felipe CRUZ pour la « Fondation Charles Darwin pour les îles Galápagos ». Cette Association Internationale Sans But Lucratif (AISBL) oeuvre depuis 1959 afin de développer la recherche scientifique, l’assistance technique et la diffusion de l’information afin d’assurer la sauvegarde de la biodiversité des îles Galápagos.

Le dossier: Watkins, G. and Cruz, F. (2007), Galapagos at Risk: A Socioeconomic Analysis of the Situation in the Archipelago. Puerto Ayora, Province of Galapagos, Ecuador, Charles Darwin Foundation, peut être consulté en ligne sur le site de la Fondation Charles Darwin. 

Il montre que l’évolution a été dramatique au cours des 15 dernières années et que les principaux dangers concernant la préservation de la biodiversité ont été, en grande partie, liés à l’absence d’un pouvoir politique national fort en Equateur. Cette absence s’est combinée dramatiquement avec une politique économique à courte vue de la part des autorités locales de l’archipel.

L’intervention du Président de l’Equateur en avril 2007  a permis de réorienter la stratégie de préservation des îles Galápagos, en en faisant une priorité nationale. Cette décision a été supportée également par celle de l’Unesco d’inclure les Galápagos dans la liste du Patrimoine Mondial en Danger.




Le titre de cet article « Saving Noah’s Ark » est tiré d’un Flash-back de l’Institut Max Planck (4/2007 MaxPlanckResearch) qui décrit la découverte de l’archipel des Galápagos , quelques 50 ans plus tôt, par le jeune biologiste Irenäus EIBL-EIBESFELDT, alors âgé de 25 ans, qui participait à une expédition de 12 mois aux Caraïbes et aux Galápagos à bord du trois-mâts Xarife en 1953/1954.

A cette époque le premier bruit audible de très loin sur la mer par le voyageur était celui de la colonie de lions des mers…


Par Alain ANSELMET - Publié dans : Biodiversité
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Lundi 31 mars 2008
D'après Masahiro OGINO, socio-anthropologue à l'Université Kwansei Gakuin Nishinomiya (Japon), les occidentaux auraient une image fausse de son pays en considérant que le Japon est culturellement uni.

C'est ce qu'il écrit dans le dernier numéro de la revue "Culture et Recherche", publiée en France par le Ministère de la Culture et de la Communication, sous le titre:
 "Y a-t-il une diversité culturelle au Japon ?".

Bien qu'ils aient conscience que le Japon soit un archipel qui s'étend sur près de 3000 kilomètres et rassemble autour des 4 grandes îles plus de 3000 îles et îlots de petite taille, les occidentaux percevraient les 127 000 000 de japonais comme assez monolithiques en ce qui concerne leur identité culturelle.

Cependant le Japon a subi, tout autant que l'Europe, l'influence de la mondialisation de l'économie. Les immigrés, bien que moins nombreux  que dans nos pays occidentaux ont amené, de fait, un multiculturalisme. Certains d'entre eux, comme les coréens, dont la population s'élèvent à plusieurs centaines de milliers d'individus, bénéficient même d'un statut particulier. Sont également présents des immigrés venant de Chine, du Vietnam, des Etats-Unis et de l'Europe.



L'auteur note que progressivement, au cours des 50 dernières années, d'après lui, le Japon a évacué en grande partie sa culture traditionnelle, lui préférant un modèle occidental.




La société nippone qui s'est fortement urbanisée a conservé quelques paysages traditionnels. Toutefois Masahiro OGINO parle plutôt de "paysages traditionnels, paysages hybrides". Et il n'hésite pas à parler de "simulacres". Des simulacres dans lesquels les japonais ont mis ensemble, juxtaposé, mélé du traditionnel au modernisme le plus criant. Quelque chose qui "donne l'impression que le temps s'est arrêté à un moment donné".

Les japonais auraient même inventé un concept, le KAWAII, une idée qui est difficile à expliciter pour des occidentaux. Un concept qui permettrait d'affirmer que tout ce qui est jeune ou récent est très "mignon". Ce concept s'applique aussi bien à l'architecture qu'aux individus.




Dans les mangas les personnages méritant le qualificatif de KAWAII sont le plus souvent jeunes et androgynes.

L'élaboration d'un tel concept serait, pour l'auteur, à la fois révélateur du sentiment profond de la société nippone et, par lui-même, une sorte d'outil lui permettant d'obtenir une certaine forme d'anesthésie.  Sur le plan architectural, on peut accepter de cotoyer des lieux regroupant des gratte-ciels et des maisons d'aspect traditionnel parce que cela est perçu comme KAWAII.

C'est dans ces nouveaux paysages hybrides qu'apparaissent, en fait, "des situations conflictuelles et la violence". C'est là que se produisent le plus souvent des suicides de jeunes, et l'auteur ne peut s'empêcher de faire le lien avec cette autre forme de suicide qu'est pour lui ce conflit interne qui s'exprime en essayant de mélanger l'urbanisme forcené à un effort de fausse reconstruction historique. Le Japon serait composé d'individus ayant trouvé leur équilibre en mettant à la fois un pied dans chaque monde, le traditionnel et le moderne.



Afin d'éviter les conflits potentiels, la société japonaise ne côtoie absolument pas les immigrés vivant sur son sol. "Japonais et immigrés cohabitent sans aucune marque de convivialité".

En fait, là encore, Masahiro OGINO, parle de logique d'anesthésie fonctionnant comme "organisatrice de l'ordre social dans les métropoles et les villes patrimonialisées." Par contre pour les villes moyennes où il est plus difficile de percevoir l'aspect KAWAII du paysage hybride (liant le traditionnel au plus moderne), les risques de violence sont très élevés.

Ainsi, bien que le nombre d'immigrés soit assez modeste au Japon, environ 2 millions de personnes sur 127 millions d'habitants, il existe un multiculturalisme. Celui-ci est basé sur l'existence de communautés qui se côtoient sans jamais établir de vrais contacts humains. Ces communautés, ces minorités, vont garder leur culture propre et s'adapter superficiellement à la culture ambiante.

Cette culture ambiante, et sans doute bien avant depuis la restauration Meiji de 1868 qui a vu l'ouverture du Japon à l'Occident après deux siècles d'isolement, se voit contrainte d'inventer des concepts comme le KAWAII, pour parvenir à se stabiliser.

La présence de signes forts dans l'environnement quotidien, paysages et architectures traditionnels, même s'ils sont entièrement reconstruits et factices, permet aux japonais de s'appuyer sur des racines et une histoire, et de vivre de fait dans des cités à l'architecture la plus moderne. Ce qui, on en conviendra, semble correspondre davantage avec un pays qui est, aujourd'hui, la deuxième puissance économique du monde, tout de suite après les Etats-Unis d'Amérique.


Par Alain ANSELMET - Publié dans : Culture
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Mercredi 19 mars 2008

Journaliste scientifique, auteur de nombreux romans de science-fiction, Arthur C Clarke est mort ce matin, 19 mars 2008,à l’age de 90 ans, à Colombo (Sri Lanka) où il avait vécu ces trente dernières années.

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Le grand public l’avait découvert en 1968 à l’occasion de la sortie du film de Stanley Kubrick : « 2001, l’odyssée de l’espace » basé sur une de ses nouvelles.

Nombre de ses idées exprimées dans ses livres ont inspiré les chercheurs de la NASA et, plus récemment, de l’ESA, comme le concept de satellite géostationnaire et l’utilisation de plates-formes à satellites.

Dans « The Fountains of Paradise », paru en 1978, Arthur C. Clarke décrit l’ascenseur spatial qui relie la Terre à une gigantesque station spatiale en orbite géostationnaire.

L’idée avait été déjà proposée, dès 1885, par Constantin Tsiolkovski, et Clarke s’est inspiré de travaux scientifiques publiés en 1966 dans la revue Science par une équipe du Scripps Institution of Oceanography.

Une des contraintes techniques dans l'ouvrage, comme dans la réalité à l'époque de la publication, reposait, notamment, sur la nécessité d’avoir à disposition un matériau assez solide pour réaliser le câble de l’ascenseur spatial.

Aujourd'hui, l’émergence des nanomatériaux et des nanotechnologies rend non seulement séduisante cette idée d’ascenseur spatial, mais confère un attrait renouvelé pour le challenge technologique associé à sa réalisation.

 


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Par Alain ANSELMET - Publié dans : Univers
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Vendredi 29 février 2008

Dans notre XXIe siècle naissant, les découvertes archéologiques, sur différents continents, ont curieusement replacé l’homme dans une relation étroite avec le divin.
 

Les archéologues des siècles précédents nous avaient décrit deux grands foyers de  civilisation, la Mésopotamie et l’Egypte auxquels il avait bien fallu rajouter l’Inde au début du XXe siècle. Trois régions avec quatre fleuves, le Tigre et l’Euphrate, le Nil et l’Indus, décrites comme berceaux de la civilisation et une histoire s’étendant sur des millénaires.

 

 




La réalité semble toutefois plus complexe. On dénombre aujourd’hui six foyers de civilisation dans le monde : la Mésopotamie, l’Egypte, l’Inde, la Chine, l’Amérique du sud et l’Amérique centrale. Un article récent de Stéphane FOUCART, paru dans l’édition du 4 janvier 2008 du Monde2, intitulé « En Iran, un autre berceau de la civilisation » nous en propose un septième, qui est, certes, encore fortement controversé par la communauté scientifique. Cette autre civilisation au bord d’un fleuve aujourd’hui desséché, est désignée sous le terme de civilisation de Jiroft ou de l’Halil Rud. Elle serait située dans le sud de l’Iran, entre Mésopotamie et Indus.

 

Autre exemple de cette complexité, la difficulté de fixer une date précise où débute l’Histoire. C’est pourquoi on glisse, entre préhistoire et histoire, une période dite proto historique qui permet de prendre en compte la variabilité dans le temps et l’espace du développement technologique des différentes communautés et groupes humains, et de leur accès à l’écriture.

 

La naissance de l’écriture devrait nous renseigner, nous donner des repères précis. Dire que l’écriture apparaît pour la première fois à Sumer quelques 3 300 ans avant l’ère commune, c’est construire une image qui travestit la réalité, et pourtant c’est ce que l’on enseigne. De quelle écriture parle-t-on ? Avant l’écriture cunéiforme, nous avons une écriture pictographique. Ailleurs dans le monde il n’y a rien eu « après » les pictogrammes. Ailleurs encore ont été utilisées des bandelettes et des nœuds, les Quipus, utilisés par les Incas et bien longtemps avant eux par l’antique civilisation andine de Caral, au bord du fleuve Supe, au Pérou, il y a 4 500 ans.

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Shuruppak, vers 2600 avant l'ère commune, écriture pré-cuneiforme.


Nos connaissances dépendent de nos découvertes. Le matériel mis à jour par les fouilles archéologiques, souvent après le passage de pillards, n’est ni forcément complet, ni forcément en bon état. Il arrive que, par chance, on tombe sur quelques dizaines de milliers de tablettes recouvertes de textes, comme il peut arriver que des fouilles soient interrompues ou passent à côté d’un site intéressant.

C’est sans doute la divinité et les dieux qui ont sauvé la mémoire de l’homme. De nombreux récits de découvertes commencent par la découverte de tumulus. Les fouilles révèlent des temples, des lieux de cultes, des habitations. Napirisha, le « Grand dieu », dieu élamite du royaume d’Anshan, vers la fin du troisième millénaire avant notre ère, était adoré dans de grands sanctuaires rupestres à ciel ouvert en Anshan, mais possédait en Susiane un grand temple adossé à une grande Ziggourat. Sa parèdre Kiririsha, la "Grande déesse" possédait également un temple adossé à une grande Ziggourat.


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En Babylonie une trentaine de ces constructions se retrouvent au coeur des grandes villes comme Sippar, Ur et Uruk avec des sanctuaires dédiés aux grandes divinités. Ces ouvrages en forme de pyramide, composé de trois ou sept étages avaient sans doute pour fonction de faire descendre les dieux parmi les hommes. Leur construction relevait de règles bien précises prenant en compte l'orientation de l'édifice par rapport  aux étoiles et aux constellations. Les étoiles étaient directement liées aux divinités. La Ziggourat  pouvait être un magnifique observatoire mais elle était aussi l'habitation des dieux.

 

 

Des édifices très similaires se retrouvent en différents lieux de notre planète et les dates de construction sont tout à fait comparables. Les mastabas puis les pyramides se sont succédées en Egypte. Lorsque l'archéologue Ruth SHADY a découvert, en 2001, "les pyramides oubliées"  à Caral, dans la vallée de Supe, à 182 kilomètres au nord de Lima, elle y a vu le "trône des dieux". Cette ville, la plus ancienne du continent américain, aussi ancienne que les premières pyramides égyptiennes, est considérée comme la Cité-Mère de la civilisation dans cette partie du monde. Il y a cependant une chose fort étrange, on n'y trouve nulle part des symboles de guerre, de bataille ou de sacrifice, Caral aurait été totalement pacifique. Cette nouveauté dans l'histoire de l'homme s'expliquant peut-être par son splendide isolement. Cette civilisation connaissait l'usage des drogues, l'astronomie, les mathématiques et utilisait les Quipus pour transmettre les informations et conserver la Mémoire.



Par Alain ANSELMET - Publié dans : Passé et avenir de l'homme
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Jeudi 24 janvier 2008

Le titre de cet article est celui du compte rendu réalisé par la revue de l’Institut Max Planck (Max Planck News) du premier Forum Carl Friedrich von Weizsäcker qui a eu lieu à la fin du mois de septembre 2007 à  l’université de Hambourg. Une traduction littérale depuis la langue d’origine serait plutôt un pluriel « la responsabilité des sciences » (Verantwortung der Wissenschaften). Dans tous les cas il semble y avoir un paradoxe, puisqu’il est plus naturel au premier abord d’attribuer une responsabilité à des individus, les scientifiques, plutôt qu'à la Science, fut-elle avec majuscule.


Au-dessus  du titre choc « The responsibility of Science » on peut voir une image représentant deux mains ouvertes soutenant la planète Terre avec  pour commentaire : « Responsibility for the world must also be in the hands of scientists. » ce qui nous ramène à une attribution plus courante des responsabilités.

 

Crédits: Oregon Health and Science University

 

L’auteur déclare : « Si l’on veut attribuer une responsabilité aux sciences, il faut sous-entendre que ceux qui sont impliqués dans des activités de recherche doivent agir de manière responsable ».


Voilà sans doute un raccourci habile destiné aux philosophes, à ceux qui ont l’habitude de triturer les déclarations et les idées pour voir ce qu’il en reste après analyse et réflexion. Ce type de phrase me fait songer à quelque sophisme et j’imagine,  avec une certaine délectation,  le «fils de la sage femme » utilisant la maïeutique pour pousser le sophiste dans ses retranchements.
 

De fait le forum a tourné autour de la personnalité de Carl Friedrich von Weizsäcker, physicien impliqué, au cours de la Seconde guerre mondiale, dans le programme allemand de mise au point de l’arme atomique. A la fin de la guerre et après mise en cause par les vainqueurs, lot commun pour tous les physiciens allemands, Weizsäcker a poursuivi ses travaux en Allemagne. Il y a occupé les plus hautes fonctions. Physicien engagé et philosophe, ami de Martin Buber, il a œuvré pour la paix tout le reste de sa vie. Il est mort le 28 avril 2007 à l’âge de 94 ans. Il était le frère aîné de Richard von Weizsäcker maire de Berlin de 1981à 1984 puis Président de la République Fédérale Allemande de 1984 à 1994.

On doit à Carl Friedrich von Weizsäcker un manifeste signé par 18 physiciens nucléaires en 1957 connu sous le nom de Déclaration de Göttingen qui a eu un très grand écho auprès du public et, surtout, des politiciens en Allemagne. La déclaration de Göttingen en 1957, en pleine Guerre Froide, appelait au désarmement nucléaire et prônait l’utilisation pacifique de l’énergie nucléaire. A cette époque il n’était pas encore habituel pour les scientifiques de s’impliquer eux-mêmes dans la politique et c’est sans doute pour cela que le public a accordé une telle autorité à la déclaration des scientifiques.

De nos jours, les politiciens ont toujours besoin de l'expertise des scientifiques qui leur permet de prendre des décisions en fonction des différents scénarios possibles. Les scientifiques ont la responsabilité de mettre en valeur leurs découvertes. Il y a également une nécessité à assurer la transversalité des disciplines. La physique, la biologie mais aussi les sciences humaines sont mises à contribution. Un exemple concret et direct donné lors du forum a été que, sans la mise en évidence de l’effet de serre et de la détérioration de la couche d’ozone sous l’effet de l’activité humaine, il n’y aurait jamais eu de Protocole de Kyoto.


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AURORA  - Credits:  ESA - AOES Medialab


Aujourd’hui l’humanité doit faire face à de nouveaux dangers qui viennent d’être identifiés par les scientifiques. Aux risques liés à l’utilisation de l’énergie nucléaire viennent s’ajouter la perte de la biodiversité ou les effets sur le changement climatique, risques pouvant être attribués à notre mode de vie.

« Il est donc important que les nouvelles générations de scientifiques soient sensibilisés sur la responsabilité qui leur incombe », telle pourrait être la conclusion de ce premier Forum Carl Friedrich von Weizsäcker.

Cette phrase fait écho à ce qui a été dit et écrit tout au long de notre histoire depuis plusieurs milliers d’années. Plus le savoir et l’autorité augmente, plus la responsabilité envers les autres s’accroît. Ce que l’Ecclésiaste, en son temps, traduisait par « Celui qui accroît son savoir, accroît aussi sa douleur ».
 

En fait, il semble que la prise de conscience des scientifiques a déjà eu lieu depuis longtemps et pas seulement depuis le prix Nobel de la Paix attribué au chimiste Linus Pauling, déjà lauréat du Prix Nobel de Chimie, ou encore des Déclarations de Mainau de 1955 et 1956 signées par 51 prix Nobel.

L'état d'esprit des scientifiques est donné par un sondage récent réalisé par le Cevipof (Centre de recherches politiques IEP/ CNRS) auprès de 2075 chercheurs et présenté par Daniel Boy lors du premier colloque ‘’Sciences et société en mutation’’ du CNRS en 2006.
Les réponses obrenues lors de cette enquête 
montrent que si les chercheurs découvrent que leur recherche pourrait poser des problèmes éthiques, moraux ou politiques, à 90% (des sondés) ils déclarent qu'ils en parleraient à leurs collègues avant de prendre une décision. Ensuite qu'ils saisiraient un comité d'éthique (85% des réponses). En dernier qu'ils penseraient à  alerter les médias (22%).
 

Les relations Science et Société sont au cœur du Programme cadre européen sur la recherche et y apparaissent comme un programme à part entière doté sur l’exercice 2007-2012 d’un budget de plusieurs dizaines de millions d’euros.
 

La responsabilité des scientifiques, si ce n’est la « responsabilité des sciences », a été également illustrée récemment par la déclaration de l’académicienne Magdalena FIKUS devant ses collègues de l’Académie des sciences de Pologne à propos du Festival des sciences :
 

« Science cannot develop if society is unable to grasp its objectives, methodology and output. Taxpayers deserve to be informed about why it is worth spending money on science, as without scientific advancement there can be no modern society. Without two-way communication people will be afraid of genetically modified tomatoes and of atomic energy, they will ignore the warnings and recommendations of ecologists. They will fear and reject new advances – in short they will simply act like ignorant people. And in Europe, a menial job is that awaits an ignorant person.” (Magdalena FIKUS – 2007, in “A festival against ignorance” -  Polish Academy of Sciences)

 

« La science ne peut pas se développer si la société est incapable de saisir ses objectifs, sa méthodologie et sa production. Les contribuables méritent d’être informés (afin de comprendre) pourquoi il est utile de dépenser de l'argent pour la science, et de se rendre compte que sans les avancées scientifiques il ne peut  y avoir de société moderne. Sans le dialogue les gens auront peur des tomates génétiquement modifiées et de l’énergie atomique, ils négligeront les avertissements et les recommandations des écologistes. Ils craindront et rejetteront les nouvelles avancées – en bref  ils agiront simplement comme les gens ignorants. Et en Europe, ce qui attend une personne ignorante c’est un travail répétitif et  peu motivant. »


Par Alain ANSELMET - Publié dans : Science et Société
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Lundi 17 décembre 2007

"Les principes de base de la physique quantique sont tout à fait choquants pour l’intuition. Mais rassurez-vous, on finit par s’y habituer !" (Alain Aspect)
 

A la fin du dix-neuvième siècle l’impossibilité d’expliquer certains phénomènes au niveau atomique par les concepts de physique classique ont conduit expérimentateurs et théoriciens à poser les bases d’une nouvelle physique. Des premiers articles publiés avant 1906 par Max Planck et Albert Einstein a surgi la physique quantique dont les applications technologiques ont été particulièrement nombreuses tout au long du vingtième siècle (diode, transistor, énergie nucléaire, microscope électronique, laser…) et dont le but ultime semble être l’ordinateur quantique.

La physique quantique, qui décrit le monde de l’infiniment petit, est basée sur des calculs de probabilité ce qui a toujours heurté profondément Albert Einstein qui s’opposa, sa vie durant, au physicien danois Niels Bohr, autre fondateur de la physique quantique.

 

 

Parmi les exemples célèbres nés de cette opposition conceptuelle, le Paradoxe EPR, expérience imaginée par Einstein avec deux de ses élèves : Brian Podolsky et Nathan Rosen, visant à montrer que l’enchevêtrement (l’intrication) des particules prévu dans certains cas par la mécanique quantique était impossible.

Pour une description du Paradoxe EPR lire l’article d’Olivier Esslinger  sur son site web en cliquant ICI

 Cependant l’expérience réalisée en 1982 par le physicien français Alain Aspect et son équipe d’Orsay  a pourtant fini par donner raison à Niels Bohr.

  AlainAspect.jpg

 

Voir l’article sur le site web du CNRS - "Alain ASPECT - Un éclaireur dans la lumière"

 

De cet exemple j'aimerai tirer la remarque que l'on peut commettre quelques erreurs et cependant rester l'un des grands génies de l'humanité. L'expérimentation a montré à plusieurs occasions la justesse et la solidité des théories d'Albert Einstein. Il n'était cependant pas omniscient.


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Autre remarque, il faut souvent beaucoup de temps et de patience, beaucoup d'énergie et de courage, pour faire avancer le champ des connaissances. Au-delà des connaissances des travaux finalisés permettent à l'humanité d'acquérir de nouveaux outils technologiques. L'un va rarement sans l'autre.

Me vient à l'esprit cette remarque de Doris Lessing, Prix Nobel de Littérature 2007:

"…J'y relevais qu'à la fin de son existence, Goethe, l'un des hommes les plus cultivés de son temps, disait qu'il venait à peine d'apprendre à lire." (Time Bites, Harper Collins 2004) 

et d'en conclure ... "le temps qu'il faut pour apprendre". 
Par Alain ANSELMET - Publié dans : Univers
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Jeudi 6 décembre 2007

Il en va de l’intelligence animale comme de l’intelligence humaine : il semblerait que ce soit la chose du monde la mieux partagée.

Cela fait maintenant plusieurs décennies que les scientifiques s’intéressent à l’intelligence animale, pas toujours pour savoir si elle peut être comparée à l’intelligence humaine dans sa globalité, mais parfois, tout simplement, pour avoir des modèles plus simples à étudier. Tout comme le petit ver nématode
Caenorhabditis elegans est devenu un organisme modèle en biologie moléculaire. Ce ver de 1 mm de long, qui vit quelques semaines, permet notamment de comprendre les mécanismes de mort cellulaire programmée (131 cellules impliquées sur un total de 1031 cellules pour l’animal adulte) ou d’entreprendre l’étude du système nerveux (302 cellules impliquées).

Tout le monde ou presque a entendu parler du cerveau des baleines et des dauphins, de leur forme d’intelligence, de leur capacité à communiquer. Nos parents les plus proches dans le règne animal : singes, gorilles et chimpanzés servent aussi de sujets d’études dans une foule d’études et d’expérimentations en sciences cognitives.

Dans un article récent du journal Le Monde (4 décembre 2007), Elise BARTHET, nous rapporte les fruits d’une longue série d’expériences réalisées à l’Institut de recherche sur les Primates de l’université de Kyoto, parue le jour même sous forme de revue dans Current Biology, qui est un journal scientifique de très bonne qualité. Un extrait de l'
article paru dans Le Monde:

« D'après les résultats d'une étude publiée mardi 4 décembre dans la revue Current Biology, les jeunes chimpanzés sont doués d'une mémoire photographique nettement supérieure à celle des êtres humains.

 L'expérience, imaginée et conduite plusieurs années durant par des scientifiques de l'Institut de recherches sur les primates de l'université de Kyoto, a opposé un groupe de six chimpanzés (trois femelles et leurs petits) et douze étudiants. Elle consiste à montrer, pendant quelques dixièmes de seconde, une série de chiffres de un à neuf disposés aléatoirement sur un écran tactile. Les numéros sont ensuite remplacés par des carrés blancs. Reste aux candidats, chimpanzés et humains, la tâche de les restituer un à un dans l'ordre croissant. Un peu à la manière du jeu de société Memory. »


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Ai_picture: Crédit:  Primate Research Institute Kyoto, Japan

On peut voir ensuite un extrait d’une vidéo, montrant un chimpanzé nommé « Ai » répondant d’une manière formidablement rapide sur l’écran tactile placé devant elle.

Je rappelle, pour tous ceux qui auraient des doutes (ou pour le lecteur distrait), que l’écran et l’expérience sont des créations exclusivement humaines. Ai n’est intervenue à aucun moment dans l’élaboration du protocole expérimental.

En fait Ai, qui est née (vraisemblablement) en 1976, a été récupérée par l’Institut de recherche sur les primates en 1978 et y a été éduquée depuis lors. "Eduquer" est un vocable ayant des connotations bien plus larges que le verbe "dresser". Nous sommes en présence de scientifiques, ne l'oublions pas, et non dans un milieu de gens de spectacles. Le but est de comprendre, point de divertir.

  pic-ai-PRI-Kyoto-Japan.jpg


De ce jeu de mémorisation d’une suite d’enchaînements, on en déduit fort sérieusement que les jeunes chimpanzés sont plus rapides et donc plus intelligents que les étudiants japonais recrutés pour l’expérience.

Voilà un genre de conclusion fort intéressant et divertissant.

Sans doute faut-il y voir une forme de provocation sympathique pour nous amener à réagir. Chacun peut le faire en fonction de sa sensibilité ou de sa formation. Bien évidemment les philosophes ou les scientifiques spécialistes en neurosciences vont nous ramener vers les fondamentaux et nous contraindre à préciser  de quelle sorte  d’intelligence nous parlons. Qu’est-ce que l’intelligence ? Ou bien encore vont-ils aller jusqu'à suggérer d’augmenter la complexité des enchaînements ou du test  pour  voir jusqu'où les chimpanzés vont pouvoir "suivre".

Pour ma part cela me rappelle une très vieille histoire qu’un de mes amis, universitaire et philosophe, me racontait sur l’expérimentation et les conclusions que certains pouvaient en tirer :

« Lorsqu’on a bien dressé une grenouille et qu’on lui dit « Saute », elle saute. Lorsqu’on lui coupe une patte arrière et qu’on lui dit « Saute » elle a un peu plus de difficulté mais elle finit par s’exécuter. Lorsqu’on coupe la deuxième patte arrière, on a beau lui répéter « Saute » sur tous les tons, rien ne se passe. Conclusion, lorsqu’on coupe les deux pattes arrières à une grenouille, elle devient sourde ! »


Par Alain ANSELMET - Publié dans : Intelligence(s)
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