Les filles s’engagent moins souvent que les garçons dans les études scientifiques et leur carrière évolue moins favorablement. En France elles sont présentes à plus de 55% à l’Université, mais seulement à 27% dans les écoles d’ingénieurs.
Un récent état des lieux, établi par le bureau des études statistiques sur la Recherche et Développement du ministère de l’Education Nationale, fait apparaître que la France comptait, en 2005, 138 000 femmes en activité dans la Recherche et Développement, dont 76 000 chercheurs ce qui correspond à 28% des effectifs globaux.
Il y a des particularités françaises liées à notre système d’éducation, suivre une filière scientifique au lycée et préparer un bac S ne préjuge
en rien des orientations ultérieures en matière d’études et de carrière, comme le rappelait Claudine HERMANN (voir note 1) dans un entretien.
Mais ce constat, sur la proportion de femmes engagées dans des carrières scientifiques, est transposable, à quelques nuances près, à l’ensemble des grands pays du monde occidental (voir note 2).
Il y a le poids de l’histoire sur la condition féminine, celui de l’évolution des cultures et des mentalités.
Ainsi l'accès à certaines grandes écoles est plutôt récent.
Dans le journal Le Monde du 3 août 1972 on peut lire :
« Pour la première fois cette année – et sur intervention de M. Debré, Ministre d’Etat chargé de la défense nationale -, des jeunes filles pouvaient se présenter au concours d’entrée de Polytechnique. Ce coup d’essai aura été un coup de maître, le Major… est Melle Anne CHOPINET. Le Major des élèves étranger est aussi une jeune fille : Melle Ta Thu-Thuy. »
Anne CHOPINET devant l'Ecole Polytechnique en 1973
Aujourd’hui l’Ecole Polytechnique (X) accueille 16% de jeunes filles, tandis que l’Ecole Centrale de Paris en reçoit 19% et l’ UTC - Université de Technologie de Compiègne 30%.
Comme l’annonce la plaquette réalisée en 2007 par l’X et l’association Femmes et Sciences :
« Les femmes ont quelque chose à apporter à la science et en sont fières.
Quoi qu’elles en pensent, les filles sont aussi bonnes en sciences que les garçons : au bac S des mentions sont attribuées à 49% des filles et 42% des garçons. »
De fait les carrières scientifiques des femmes, chercheurs, ingénieurs ou techniciennes, sont très inégalement réparties entre Recherche Académique et Recherche Industrielle.
Les femmes sont plus nombreuses (facteur x2) à l’Université ou dans les organismes de recherche (EPST, EPIC) que dans l’Industrie. Et la répartition est, elle aussi, très inégale suivant les disciplines, les femmes étant davantage présentes dans le secteur des Sciences du Vivant qu’en Physique ou en Chimie.
Un rapport réalisé à la suite d’une conférence aux Etats-Unis en 1994 sur la thématique « Femmes scientifiques et ingénieurs employées dans l’industrie » était sous-titré de manière très significative « Pourquoi si peu ? ».
Women Scientists and Engineers Employed in Industry
Why So Few?
A Report Based on a Conference
NATIONAL ACADEMY PRESS
Washington, D.C.
1994
Comme le rappelle le Conseil de l’Europe dans ses conclusions du 19 avril 2005:
« L'excellence scientifique peut être améliorée en promouvant le respect du genre et l'impartialité ; les procédures d'évaluation et sélection doivent être transparentes et libres de discrimination liée au sexe. L'Europe a besoin de politiques fortes et coordonnées pour améliorer la participation à égalité des femmes et surtout leur permettre l’accès aux positions hiérarchiques, là où s’effectuent les prises de décision. Les conditions de travail et les cultures dans l'université de même que dans l'industrie doivent évoluer vers un environnement permettant aux femmes de développer leur potentiel… »
En forme de conclusion, on peut dire qu'aujourd'hui il devient de plus en plus évident que l’avenir de la recherche en Europe passera par un engagement plus important des femmes dans les carrières scientifiques, d’où les appels et efforts des responsables politiques aidés et relayés par des associations de femmes diplômées, ingénieurs et chercheurs.
Note 1 : Claudine Hermann, Professeur de physique émérite à l’Ecole Polytechnique et ancienne Présidente de l’association Femmes et Sciences, article X-passion sur le site de l’Ecole Polytechnique (voir l'article)
Note 2 : voir les Indicateurs et Eléments de statistiques, ainsi que les questions sans réponse sur "Pourquoi si peu nombreuses?", sur le site de la Commission Européenne.
Liens externes en rapport avec cet article:
- La Société Française de Physique - Rubrique Commissions et Débats - SFP-Femmes
- Le site de l'association "Elles en sciences"
- Le site de l'association "Femmes et Sciences"
- Le site de l'association "Femmes et Mathématiques"
- Ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche la Mission Parité
- Etudes statistiques - Les Femmes dans la Recherche
- Le site de la Commission Européenne - Les Femmes et la Science - statistiques et indicateurs (site en anglais)
Article en lien sur ce blog (Etudes scientifiques et débouchés):
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